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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 5.djvu/674

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« A propos de George Constantin, on a prétendu que la nouvelle de son évasion m’avait jeté dans un accès de fureur épouvantable. Certainement je n’aurais pas voulu qu’il s’échappât, s’il lui eût convenu de rester dans les ceps ; mais quand il montra, malgré tout, ce qu’on en dit, qu’il n’était ni assez affaibli par le manque de nourriture pour n’avoir pas la force de casser le ceps, ni si perclus de ses jambes, à force de rester couché, qu’il ne pût escalader légèrement les murs, ni si hébété et abruti par les mauvais traitemens, qu’il ne conservât assez de présence d’esprit pour savoir qu’une fois sorti, il ne lui restait tout bonnement qu’à courir droit son chemin ; quand, dis-je, la chose arriva, je n’en étais pas tellement affligé que je ne sentisse qu’il me restait encore assez de jeunesse et de temps pour m’en consoler, ni si fâché contre aucun des miens que je leur disse une seule parole un peu aigre, si ce n’est que je recommandai à mon portier qu’il est grand soin de faire raccommoder les ceps, et de les fermer à double tour, de peur que, le prisonnier n’y rentrât comme il en était sorti. Quant à Constantin lui-même, je ne pouvais en vérité que le féliciter ; car je n’ai jamais été déraisonnable au point de me fâcher contre qui que ce soit qui se lève quand il le peut, s’il ne se trouve pas assis commodément.

« Parmi tant de mensonges que les nouveaux frères ont répandus sur les prétendus tourmens que je faisais subir aux hérétiques, ils citent, entre autres, un certain Segar, libraire à Cambridge. Ce Segar, qui demeura quatre ou cinq ans dans ma maison, sans y recevoir le moindre mauvais traitement, sans y entendre une seule parole dure, osa rapporter depuis qu’il avait été attaché à un arbre dans mon jardin, et fustigé à faire pitié, et qu’en outre ou lui avait serré si fort la tête avec une corde, qu’il en était tombé évanoui et comme mort.

« Tyndall, qui racontait cette histoire à un de mes amis, ajouta que pendant qu’on le fustigeait, ayant aperçu une petite bourse à son justaucorps, dans laquelle ce pauvre homme avait, selon son compte, cinq marcs, je m’en emparai et la cachai sous mes vêtemens. Segar dit qu’il n’avait jamais revu cette bourse ni les cinq