Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 5.djvu/673

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


j’eus reconnu le fait, j’ordonnai à un de mes domestiques de fouetter l’enfant en présence de toute ma maison pour sa propre correction et pour servir d’exemple, aux autres.

« L’autre était un homme qui, après avoir donné dans ces doctrines insensées, tomba bientôt dans une folie parfaitement caractérisée. Quoiqu’on l’eût fait enfermer à Bedlam, et que, par le moyen de coups et de corrections, on l’eût rappelé à lui, à peine fut-il mis en liberté que ses vieilles imaginations lui revinrent à la tête. Je fus averti de divers côtés, et par des personnes sûres, qu’on le voyait toujours errer dans les églises, y faisant plusieurs mauvais tours et niches, au grand trouble du bon peuple qui assistait au service divin, et qu’il choisissait pour faire le plus de bruit le moment où le silence était le plus profond, et où le prêtre célébrait le mystère de l’élévation. Et s’il voyait une femme agenouillée devant son banc, la tête baissée dans de pieuses méditations, il se glissait tout doucement derrière elle, et, si l’on n’était pas assez prompt pour l’en empêcher, il relevait ses jupons et les retournait par-dessus sa tête. Étant prévenu de tous ces scandales, et supplié par des personnes très pieuses d’y mettre ordre, un jour qu’il passait devant ma maison, je le fis saisir par les constables qui l’attachèrent à un arbre dans la rue, et le battirent de verges jusqu’à ce qu’il en eût assez, et quelque peu au-delà. Et il paraît que sa raison n’était pas si mauvaise, sauf qu’elle s’en allait lorsque l’on ne la rappelait pas avec des coups. Alors il savait très bien avouer ses fautes, parler raisonnablement, et promettre de mieux faire à l’avenir. Et en effet, graces à Dieu, je n’ai pas entendu qu’on s’en soit plaint depuis [1].

« Et de tous ceux qui sont jamais tombés dans mes mains pour crime d’hérésie, j’en prends Dieu à témoin, pas un n’a reçu de moi d’autre mal que d’être enfermé dans un endroit sûr, pas si sûr pourtant que George Constantin, nommément, n’ait réussi à s’en échapper ; — SAUF CELA, JE N’AI DONNÉ A AUCUN NI COUPS, NI HEURT QUELCONQUE, PAS MÊME UNE CHIQUENAUDE SUR LE FRONT [2].

  1. On retrouve dans ces paroles, si naïvement cruelles, toute l’inhumanité des idées populaires de cette époque sur les fous. Aujourd’hui, nous sommes meilleurs pour les fous ; mais sommes-nous aussi bons qu’était Morus pour les gens raisonnables ?
  2. Ce sont des paroles sacrées. Voici le texte anglais :… « Else had neuer any of them any stripe or stroke give them, so muche as a fylippe on the forehead. » Apologie, ch. XXXVI, p. 901-902.