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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 5.djvu/641

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L’alliance avec la Russie est un système comme un autre. C’est à la chambre à savoir si elle veut abandonner le système de la triple alliance pour adopter celui-ci. Avant peu, on verra que le ministère actuel se base, à l’extérieur, sur cette pensée. Nous ne disons pas que cette pensée s’exprimera nettement et qu’elle sera formelle. Nullement. M. Thiers se trouve entre le roi, qui a créé le vaste projet d’une coalition constitutionnelle pour balancer la puissance des états despotiques, et M. de Talleyrand, qui, soit par un motif, soit par un autre, se montre aujourd’hui dégoûté de l’alliance anglaise, qui a été le rêve de toute sa vie. M. Thiers agira en cette circonstance comme il agit dans la chambre, où il dit à la gauche qu’il est le représentant de la révolution, et au centre qu’il est l’homme du 11 octobre. Ailleurs il dira : « J’ai toujours été contre l’alliance anglaise. Tandis que vous y poussiez dans la chambre des pairs, sous la restauration, j’écrivais que la Méditerranée est un lac français, comme l’a dit Napoléon, et qu’il ne faut pas y souffrir la domination de l’Angleterre. » Et en plus haut lieu : « Ne suis-je pas pour l’Angleterre ? N’ai-je pas travaillé avec M. de Broglie à consolider cette alliance indispensable à la prospérité de la France ? » Tout ceci nous présage, dans les chambres et hors des chambres, un grand accord de vues de la part du nouveau ministère !

Quant à l’union intérieure des ministres, elle nous semble plus difficile encore. Déjà M. Thiers a mandé les chefs de division de deux ou trois ministères, et leur a intimé ses ordres souverains, au mépris de toutes les idées reçues en matière de hiérarchie. Nous doutons que M. de Montalivet soit homme à supporter de pareilles prétentions. M. Thiers se rappelle sans doute que Casimir Périer faisait attendre dans son antichambre le président de la chambre des députés. Il est vrai que ce n’était pas M. Dupin.




Le nouvel opéra de Meyerbeer, les Huguenots, a été représenté hier. Il est impossible, à une première audition, de juger une partition de cette importance, qui a été écoutée religieusement, et dont nous rendrons compte dans le plus grand détail. Les deux derniers actes nous ont semblé surtout dignes de l’auteur de Robert le Diable. Pour ce qui est de la mise en scène de cette grande composition, nous devons dire qu’elle est