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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 5.djvu/634

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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.


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29 février 1836.


L’élévation de M. Thiers au poste éminent de président du conseil et de ministre des affaires étrangères est la conséquence forcée des actes de sa vie entière. M. de Broglie et M. Guizot sont allés rejoindre dans le gouffre tous les amis de M. Thiers qui ont été successivement sacrifiés depuis dix ans à sa dévorante ambition. Maintenant, M. Thiers se trouve seul au faîte. La France assiste à ce spectacle curieux avec une sorte de nonchalance et de désœuvrement, qui atteste le peu d’intérêt qu’elle prend à ce singulier revirement politique.

Personne, et M. Guizot ainsi que M. de Broglie moins que personne, n’a dû s’étonner de la nouvelle défection de M. Thiers. Nous croyons qu’en lui-même, M. Guizot ne bâtissait pas de grands projets d’avenir sur la fidélité politique de M. Thiers ; il sait aussi bien que qui que ce soit, que M. Thiers ne tient pas plus aux hommes qu’aux principes, et il n’ignorait pas, que d’un jour à l’autre, M. Thiers devait se séparer de lui. Peut-être la séparation lui a-t-elle paru un peu brusque, mais c’est que le jour était venu sans doute où ceux qu’on nomme doctrinaires ne pouvaient plus être utiles à son crédit. Ce jour-là M. Thiers les a traités comme il traite, dans son histoire, les puissances tombées, et il a passé à celle qui s’élève.