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<poem> Et des maux qu’ici-bas il lui faut endurer, Pas un qui ne te touche et qui ne t’appartienne ; Puisque tu sais chanter, ami, tu sais pleurer. Dis-moi, qu’en penses-tu dans tes jours de tristesse ? Que t’a dit le malheur, quand tu l’as consulté ? Trompé par tes amis, trahi par ta maîtresse, Du ciel et de toi-même as-tu jamais douté ? Non, Alphonse, jamais. La triste expérience Nous apporte la cendre, et n’éteint pas le feu. Tu respectes le mal fait par la Providence, Tu le laisses passer, et tu crois à ton Dieu. Quel qu’il soit, c’est le mien ; il n’est pas deux croyances. Je ne sais pas son nom, j’ai regardé les cieux. Je sais qu’ils sont à lui, je sais qu’ils sont immenses, Et que l’immensité ne peut pas être à deux. J’ai connu, jeune encor, de sévères souffrances ; J’ai vu verdir les bois, et j’ai tenté d’aimer. Je sais ce que la terre engloutit d’espérances, Et, pour y recueillir, ce qu’il y faut semer. Mais ce que j’ai senti, ce que je veux t’écrire, C’est ce que m’ont appris les anges de douleur ; Je le sais mieux encore et puis mieux te le dire, Car leur glaive, en entrant, l’a gravé dans mon cœur :

Créature d’un jour qui t’agites une heure, De quoi viens-tu te plaindre et qui te fait gémir ? Ton âme t’inquiète, et tu crois qu’elle pleure : Ton âme est immortelle, et tes pleurs vont tarir.

Tu te sens le cœur pris d’un caprice de femme, Et tu dis qu’il se brise à force de souffrir. Tu demandes à Dieu de soulager ton âme : Ton âme est immortelle, et ton cœur va guérir.

Le regret d’un instant te trouble et te dévore ; Tu dis que le passé te voile l’avenir. Ne te plains pas d’hier ; laisse venir l’aurore : Ton âme est immortelle, et le temps va s’enfuir.