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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 5.djvu/599

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<poem> Vous ne connaissiez pas, sinon par sa souffrance, Ce sublime orgueilleux à qui vous écriviez. De quel droit osiez-vous l’aborder et le plaindre ? Quel aigle, Ganymède, à ce dieu vous portait ? Pressentiez-vous qu’un jour vous le pourriez atteindre, Celui qui de si haut alors vous écoutait ? Non, vous aviez vingt ans, et le cœur vous battait. Vous aviez lu Lara, Manfred et le Corsaire, Et vous aviez écrit sans essuyer vos pleurs ; Le souffle de Byron vous soulevait de terre, Et vous alliez à lui, porté par ses douleurs. Vous appeliez de loin cette âme désolée ; Pour grand qu’il vous parût, vous le sentiez ami, Et, comme le torrent dans la verte vallée, L’écho de son génie en vous avait gémi.

Et lui, — lui dont l’Europe, encore tout armée, Écoutait en tremblant les sauvages concerts ; Lui qui depuis dix ans fuyait sa renommée, Et de sa solitude emplissait l’univers ; Lui, le grand inspiré de la Mélancolie, Qui, las d’être envié, se changeait en martyr ; Lui, le dernier amant de la pauvre Italie, Pour son dernier exil s’apprêtant à partir ; Lui qui, rassasié de la grandeur humaine, Comme un cygne, à son chant sentant sa mort prochaine, Sur terre autour de lui cherchait pour qui mourir… Il écouta ces vers que lisait sa maîtresse, Ce doux salut lointain, d’un jeune homme inconnu. Je ne sais si du style il comprit la richesse ; Il laissa dans ses yeux sourire sa tristesse : Ce qui venait du cœur lui fut le bienvenu.

Poëte, maintenant que ta muse fidèle, Par ton pudique amour sûre d’être immortelle, De la verveine en fleurs t’a couronné le front, À ton tour, reçois-moi comme le grand Byron. De t’égaler jamais je n’ai pas l’espérance ;