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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 5.djvu/588

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que pour lui faire voter des subsides, se rassembla aux Black-friars. La somme à demander ne s’élevait pas à moins de huit cent mille livres, réalisables par un impôt de vingt pour cent. Thomas Morus était membre du parlement. On voulut le faire nommer président afin d’enlever le vote par son influence. Morus n’approuvait pas la demande de subsides ; il résista. Wolsey, qui le savait probe et consciencieux, mais trop bien avec le roi et peut-être trop timide pour oser ne pas servir la cour, s’il était mis dans l’alternative de soutenir sa demande ou de se brouiller avec éclat, Wolsey le fit nommer malgré lui. La partie de la chambre attachée à la cour et au premier ministre, augmentée d’un bon nombre de membres dont Morus était l’homme de confiance, formèrent la majorité qui le choisit pour speaker. Le roi confirma l’élection.

Morus essaya vainement de faire revenir le roi sur sa nomination. Henry VIII tenait trop à son subside, pour vouloir se passer de la probité de Morus, laquelle en couvrait la cause secrète, et en pouvait assurer le vote. Il maintint donc son premier choix. Morus voulut du moins faire ses réserves, et écrivit à son maître une lettre en forme de supplique, où, tout en donnant son acceptation, il osait prendre la liberté d’y mettre deux conditions, l’une pour lui, l’autre pour l’assemblée qu’il allait présider : la première, c’est que, s’il lui arrivait de faillir involontairement dans sa commission, soit par maladresse, soit par défaut d’exactitude, en transmettant au roi la délibération des communes, Sa Graçe voulût bien pardonner à sa simplicité, et lui permettre de retourner à l’assemblée pour recevoir des instructions plus pleines et plus précises. La seconde, c’est qu’il plût « à l’inestimable bonté du roi » qu’aucun mal n’arrivât à aucun membre de l’assemblée pour avoir exprimé librement son opinion, mais que toute parole prononcée dans le parlement, dût la forme n’en être pas parfaitement convenable, fût interprétée par le roi comme une preuve de zèle pour le bien du royaume et pour l’honneur de sa personne royale [1].

Wolsey annonça qu’il viendrait lui-même aux communes soutenir le bill et proposer les moyens d’exécution. Un peu avant son arrivée, la chambre délibéra s’il serait reçu avec une suite de quelques seigneurs seulement, comme ce semblait être l’opinion de la majorité,

  1. Life of sir Th. Morus, by his grandson.