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Tantôt c’est un combattant traversé par une lance, et souillant l’arène de son sang ; tantôt c’est quelque malheureux, dans la foule, écrasé sous les pieds des chevaux, ou une tribune qui tombe sur les spectateurs. Mais les spectacles que tu nous as donnés, ô roi ! ne sont marqués que par l’absence d’accidens, innocuité digne de ton caractère. »

Enfin, dans une petite pièce qui pourrait servir d’annexe à la grande pièce, le poète, commentant une pensée de Platon sur les retours périodiques des choses, disait à Henry : « Platon a dit que tout ce qui se passait dans une époque donnée, ou avait eu lieu autrefois, ou aurait lieu quelque jour. De même que le printemps s’enfuit et revient tour à tour, poussé par l’année rapide ; de même que l’hiver sévit toujours dans le même temps ; de même, dit Platon, après les longues révolutions du ciel, toutes les choses passées recommencent par d’innombrables vicissitudes. L’âge d’or fut le premier ; puis vint l’âge d’argent ; puis l’âge de fer, et enfin l’âge d’airain. L’âge d’or est revenu sous ton règne, ô prince ! Puisse Platon n’être prophète que jusque-là ! »

Ce dernier vœu pouvait n’être pas une phrase de rhétorique. L’homme qui faisait ces vers, quoique jeune encore, ne l’était plus assez pour laisser échapper légèrement l’exclamation triste par laquelle il terminait son long épithalame. En tout cas il en aurait eu sujet ; car cet homme, c’était Thomas Morus !


II.- Les Années chrétiennes

Thomas Morus, — je lui conserve son nom d’écrivain de la renaissance, — naquit à Londres, en 1480, de sir John More, chevalier, l’un des juges du banc du roi, et de mistress Handcombe de Holiewell, du comte de Bedfort. Sa mère mourut en le mettant au monde. Comme il arrive pour tous les hommes illustres après leur mort, la piété de sa famille entoura sa naissance de mystérieux horoscopes et de prodiges. La nuit même de ses noces, mistress More avait eu un songe dans lequel il lui sembla voir gravé sur son anneau nuptial le nombre des enfans dont elle devait être mère et les particularités de chacun d’eux. L’un de ces enfans avait les traits si