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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 5.djvu/519

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mouraient, l’un en 1070, et l’autre en 1076, laissant la comtesse Matilde héritière et souveraine du plus grand fief qui ait jamais existé en Italie ; — mariée deux fois, la première avec Godefroy-le-Jeune, la deuxième avec Guelfe de Bavière, elle se sépara successivement de ses deux époux, et mourut léguant ses biens à la chaire de saint Pierre.

Cette mort laissa Florence à peu près libre d’imiter les autres villes d’Italie ; elle s’érigea donc en république, donnant à son tour l’exemple qu’elle avait reçu, à Sienne, Pistoie et Arezzo, qui s’empressèrent de le suivre.

Cependant, la noblesse florentine, sans rester indifférente à la grande querelle qui divisait l’Italie, n’y était point entrée avec la même ardeur ; elle s’était divisée, il est vrai, mais en deux partis et non en deux camps. Chacun de ces partis s’observait avec plus de défiance que de haine ; et si ce n’était plus la paix, ce n’était du moins pas encore la guerre.

Parmi les familles guelfes, une des plus nobles, des plus puissantes et des plus riches, était celle des Buondelmonti : l’aîné de cette famille était fiancé avec une jeune fille de la famille des Amadei, dont la maison était alliée aux Uberti, et connue pour ses opinions gibelines. — Buondelmonte des Buondelmonti était seigneur de Monte-Buono dans le val d’Arno supérieur, et habitait un superbe palais situé sur la place de la Trinité.

Un jour que, selon sa coutume, il traversait à cheval, et magnifiquement vêtu, les rues de Florence, une fenêtre s’ouvrit sur son passage, et il s’entendit appeler par son nom.

Buondelmonte se retourna ; mais, voyant que celle qui l’appelait était voilée, il continua son chemin.

La dame l’appela une seconde fois et leva son voile. Alors Buondelmonte la reconnut pour être de la maison des Donati, et arrêtant son cheval, il lui demanda avec courtoisie ce qu’elle avait à lui dire.

— Je n’ai qu’à te féliciter sur ton prochain mariage, Buondelmonte, reprit la dame d’un ton railleur ; je ne veux qu’admirer ton dévouement qui te fait allier à une maison si au-dessous de la tienne. Sans doute un ancêtre des Amadei aura rendu quelque grand service à un des tiens, et tu acquittes aujourd’hui une dette de famille.

— Vous vous trompez, noble dame, répondit Buondelmonte. Si quelque distance existe entre nos deux maisons, ce n’est point la