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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 5.djvu/512

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de remarquer que M. Thiers semble toujours merveilleusement propre à remplir les postes qu’il n’a pas occupés. Tout le monde semble d’accord pour l’éloigner du ministère de l’intérieur ; c’est comme un besoin général de lui retirer la manutention des fonds secrets, l’administration des communes, la direction des beaux-arts ; députés, préfets, artistes, chacun, en ce qui le concerne, se réjouit à l’idée de voir M. Thiers passer aux négociations diplomatiques et à la direction de la politique extérieure. Qu’en diront les ambassadeurs, la diplomatie française et les puissances ? Nous l’ignorons ; mais peut-être M. Thiers passera-t-il bientôt aux affaires étrangères pour un excellent ministre de la marine et de la guerre.

Quant à la difficulté de trouver des ministres universels et propres à toutes les combinaisons, tel qu’est M. Thiers, nous ne nous en plaindrons pas. Ce peu d’empressement à s’emparer des ministères, ces longues réflexions que font les hommes que l’opinion publique tire de la foule et désigne comme des nécessités du moment, ce coup d’œil inquiet qu’ils jettent autour d’eux, le soin avec lequel ils choisissent leurs collègues, toutes ces précautions et ces craintes, ne sont pas les signes d’une décadence politique, au contraire, il est évident, d’après ces symptômes, que le gouvernement représentatif jette de plus profondes racines, et qu il triomphe peu à peu des obstacles qu’on lui suscite. Sans doute, la nécessité de compter une majorité dans les chambres, est pour beaucoup dans les irrésolutions des candidats-ministres ; mais enfin, ces irrésolutions prouvent que les majorités ne sont pas au premier venu, qu’il ne suffit pas d’être ministre pour les conquérir et les captiver, et que si la corruption est un agent bien actif et un grand mobile, ce n’est pas tout encore, et nous nous en réjouissons. M. Thiers n’hésiterait-il que huit jours avant de s’asseoir sur le banc ministériel, à la place encore chaude de ses amis de la semaine dernière, que ce serait huit jours donnés à la morale et au respect humain. Prenons toujours ces huit journées, en attendant mieux. Quel que soit le ministère qui se forme, il apportera avec lui un nouvel exemple de la rapidité avec laquelle s’écroule un cabinet, et de la longueur des difficultés qu’on éprouve à le reconstruire. Peut-être aussi les nouveaux ministres en concluront-ils qu’il faut un autre lien que l’ambition, pour fonder une association qui puisse, non pas durer, mais produire de grandes choses ; car le dernier cabinet, en fait de choses de langue durée, n’a produit que lui-même, à moins qu’on ne lui compte les lois d’intimidation, que ses propres violences avaient rendues nécessaires.

Tout autre intérêt s’efface devant la formation du nouveau cabinet, et nous remettons à un autre temps l’exposé des affaires politiques qui attendent des ministres pour les diriger.