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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.


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14 février 1836.


Il est des jours où le talent, l’esprit et l’adresse ne suffisent pas. M. Thiers a dû être frappé de cette vérité le jour où il a prononcé à la chambre son dernier discours contre la réduction de la rente. Avec quelque peu de conviction, M. Thiers eût entraîné la chambre ; mais la chambre entière savait que M. Thiers attachait peu d’importance à l’ajournement et à la prise en considération de la proposition de M. Gouin, et que toutes les questions du monde se trouvaient, pour M. Thiers, dans cette affaire, hormis la véritable question. M. de Broglie et M. Guizot, dont la prépondérance et l’influence n’étaient pas encore contestées, avaient fait de la réduction de la rente une question de cabinet ; et M. Thiers, qui désirait ardemment se débarrasser de la tutelle de ses deux collègues, mais qui le désirait en homme prudent et habile, M. Thiers n’osait pas trop se lancer dans cette question, de peur d’être entraîné par elle. On peut dire que ce fut une des circonstances les plus critiques de la vie, si souvent hasardeuse, de M. Thiers. Tout en vantant sans cesse sa loyauté et sa fidélité à ses engagemens politiques, tout en parlant de l’inaltérable amitié et de l’aveugle confiance qui les unissaient à M. Thiers, M. de Broglie et M. Guizot le surveillaient avec une constante sollicitude. On savait aux