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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 5.djvu/479

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et nous sommes tombés subitement dans les ténèbres du matérialisme. L’homme ne supportera-t-il jamais deux vérités à la fois ?

Nous sommes donc aujourd’hui entre deux sortes de révélations : d’un côté le système de l’attraction spirituelle, qui nous dit que nous sommes une ame qui ne doit tendre que vers Dieu ; et de l’autre le système de l’attraction matérielle, qui nous dit que nous sommes un corps qui ne doit tendre que vers la matière.

Pour sortir de cet immense embarras, de cette contradiction infinie qui nous déchire et nous divise, il n’y a, ce nous semble, qu’un moyen. C’est de recourir encore à l’axiome de Socrate, et de nous étudier nous-mêmes.

Rousseau, plein d’inconséquences, a dit un jour : L’homme qui pense est un animal dépravé. Il suffisait, pour faire justice de son paradoxe, de lui demander si, par la même raison, l’animal qui sent ne serait pas un végétal dépravé. Il est certain que nous retrouvons le minéral dans la plante, la plante dans l’animal, l’animal dans l’homme. À quelques égards, l’animal nous paraît un être surajouté au végétal et au minéral, qui tous deux sont en lui. L’homme aussi nous paraît un être surajouté à l’animal, qui est à la racine de son existence. Mais en réalité y a-t-il en nous une sorte d’être purement matériel, une sorte d’être végétatif, une sorte d’être sensible, et un quatrième être raisonnable ? Non, non, assurément. Il n’y a qu’un seul être, l’homme.

Quand je considère un animal, je puis bien, par un effort de ma pensée, séparer en lui les facultés de l’animal des facultés purement végétatives que je lui trouve communes avec d’autres êtres que j’appelle plantes. Mais c’est une abstraction de mon esprit ; et en réalité ces deux ordres de facultés sont tellement unies dans l’animal, que je serais fort embarrassé pour en faire la démarcation : ou plutôt la séparation est impossible, car toutes les facultés de la plante se sont pour ainsi dire transformées dans l’animal. Ce qui est une propriété végétale dans le végétal est devenu propriété animale dans l’animal. L’animal, si je puis parler ainsi, est une plante animalisée, une plante métamorphosée en animal. Vous retrouverez par la pensée dans l’animal tout ce qui constituait la vie du végétal, mais transformé. Seulement, par-dessus toutes les propriétés du végétal une faculté nouvelle apparaît, la faculté de sentir. Et aussitôt, cette faculté se liant et se mêlant à toutes les