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question ne laisse pas que d’être embarrassante pour un gouvernement qui se pique de principes philantropiques et libéraux.

— Vous vous élevez contre l’esclavage ! nous disent les colonies ; vous voulez établir partout l’égalité devant la loi, reconnaître les droits de tous ; rien de mieux. Bien que nos intérêts souffrent de ces principes, que notre sécurité même soit en péril, si on se hâte de les mettre à exécution, nous baisserons la tête quand ce principe qui gouverne la métropole nous commandera d’obéir. Mais vous-mêmes, ne comptez-vous pas subir ce principe dans toute son étendue ? Sommes-nous donc aussi inférieurs à vous que les nègres semblent inférieurs aux colons, que vous ayez pour nous une législation commerciale et un tarif exceptionnels ? D’où vient que nos sucres sont frappés d’un droit que ne supportent pas les vôtres ? Eh quoi ! vos sucres indigènes n’ont pas seulement l’avantage de ne pas nécessiter les frais d’un long transport maritime, ils sont encore exempts des droits que nous payons pour les nôtres dans vos ports ? Sommes-nous donc des étrangers pour vous, que vous nous traitiez ainsi ? Sommes-nous des nègres, et non pas des Français comme vous ? Frappez-vous d’un droit exorbitant les marchandises que les Français du Hâvre adressent aux Français de Bordeaux ? Frappez vos sucres d’un droit égal, ou affranchissez les nôtres !

Voilà ce que disent les colonies par l’organe de leurs délégués, dans une lettre officielle adressée à la fois aux ministres des finances, du commerce et de la marine. Elles ajoutent que, si cette demande leur est refusée, elles sommeront la métropole de leur accorder la liberté du commerce avec le monde entier, et le droit de libre exportation de leurs produits. Ces questions sont embarrassantes, sans doute, si on veut les résoudre par la justice et le droit ; les colons, attaqués sur leur côté faible, ont répondu par une attaque habile ; ils ne demandent pas à la France de renoncer à ses principes de libéralisme en leur faveur, mais ils exigent qu’elle ne se départisse pas de ses principes en ce qui concerne les colonies. Que fera le ministère ? Ces considérations, élevées par les délégués des colonies, méritent bien qu’on y songe avec quelque attention.

La question des chemins de fer mériterait bien aussi un examen sérieux ; nous ne parlons pas des études et des plans des ingénieurs, mais de la constitution des sociétés, qui paraît éprouver de grandes difficultés. Aujourd’hui on annonce que la société du chemin de fer de Paris à Bruxelles vient de renoncer à son projet qui était très avancé. On parle de conditions exorbitantes que les actionnaires n’auraient pas voulu supporter. Il ne nous convient pas d’aller au fond de ces motifs qu’on ne tardera sans doute pas à connaître d’une manière plus formelle.

On nous adresse une question. M. d’Argout est à la fois gouverneur de