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qui leur apparaissent sous les coupons de l’emprunt et les innombrables actions des chemins de fer.

On n’a peut-être pas oublié la pensée qui présida à la formation du ministère tel qu’il est aujourd’hui. Les scandales dont nous parlions tout-à-l’heure, et quelques actes plus graves encore, avaient fait sentir, en haut lieu, la nécessité de la retraite du maréchal Soult, et une sorte de revirement dans le cabinet. Le maréchal Gérard y fut appelé pour effacer, par l’éclat et la pureté de son renom, quelques-unes de ces taches qu’on avait cru devoir faire disparaître ; et depuis on s’attacha surtout à mettre à la tête du conseil des hommes qui le couvraient d’une haute réputation de délicatesse et d’intégrité. Ce fut la grande qualité du malheureux duc de Trévise, et son titre à la présidence ; M. de Broglie, qui lui a succédé, est l’expression bien manifeste d’une semblable pensée.

Personne ne l’a nié, des désordres de tous genres avaient eu lieu dans plusieurs ministères. Le renvoi de quelques employés, et une enquête faite dans les bureaux, par ordre du maréchal Gérard, ailleurs un procès fâcheux, ont suffisamment attiré l’attention sur ces faits. L’opinion publique se tint pour avertie. Elle fut écoutée, et on lui fit droit en cette circonstance. Nous ne disons pas qu’il y eût au ministère de l’intérieur autre chose que de l’incurie et un défaut de surveillance, coupable néanmoins ; mais il n’est pas moins vrai que cette incurie, cette insouciance, de quelque nom que vous vouliez l’appeler, nécessita l’appel successif de deux ou trois noms propres à couvrir cette avarie, et que cette nécessité, commandée jusqu’à trois fois, fit sortir M. de Broglie de sa retraite et l’amena dans le conseil.

Bien que nous vivions, Dieu merci, dans le pays de l’oubli, cette nécessité présiderait encore, il faut l’espérer, à la formation d’un nouveau cabinet, s’il y avait lieu à reconstituer le ministère. Ce n’est pas, il faut le croire, au moment où la surveillance, où l’ordre, et l’esprit de désintéressement le plus élevé, où le besoin de ne compter autour des ministres que des hommes sûrs, éprouvés, à l’abri du soupçon d’agiotage et de spéculation, seraient plus nécessaires que jamais, qu’on mettrait la direction du cabinet sous des influences qu’on s’est vu forcé de circonscrire ou d’écarter. Aussi ne croyons-nous pas aux bruits de reconstitution ministérielle, bien vagues, il est vrai, qu’on a fait courir cette semaine.

La position nouvelle que M. Thiers a prise dans le ministère, a sans doute occasionné ces bruits. M. Thiers a blâmé hautement M. Humann de sa conduite. Cette manifestation de l’opinion particulière d’un ministre, faite à la tribune, et en opposition directe avec les sentimens de la majorité du conseil, lui semblait avec raison choquer tous les principes