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chasser ses locataires le jour même, s’ils ne votaient pas pour son candidat. »

Les burgage tenants ou freeholders des bourgs étaient au moins aussi dépendans du patron que les house-holders ; le plus souvent, en effet, la concession qui leur donnait le droit de voter n’était que fictive ; elle se faisait peu de temps avant l’élection, et était résolue immédiatement après. Si parmi les habitans du lieu on ne trouvait pas toute la complaisance nécessaire, il y avait souvent des moyens de se passer de leur secours. Dans le bourg d'Haslemere, le droit de voter résidait dans 64 freeholds ; en 1820, le propriétaire du plus grand nombre de ces freeholds, ne jugeant pas prudent de les concéder aux habitans du bourg, fit venir les ouvriers qu’il employait dans ses mines situées dans le nord de l’Angleterre, leur fit bâtir des chaumières, et leur paya à chacun une demi-guinée par semaine ; le temps des élections étant venu, il leur conféra les freeholds dont il disposait ; puis, quand ils eurent voté pour ses deux candidats, il les renvoya à leurs travaux ordinaires.

Dans les burgage-tenures proprement dites, comme il n’y avait point, ainsi que nous l’avons dit, de limite inférieure pour le cens électoral, la commune pouvait fractionner presque à l’infini les petites portions de terre que la prescription ne lui avait pas enlevées, et créer ainsi, dans un cas d’urgence, des électeurs en nombre suffisant pour ses desseins. A Wareham, la place du marché fut une fois divisée en tant de portions, que tout le papier timbré du comté n’y suffit pas, et qu’il fallut en faire venir de Londres une provision supplémentaire. A Weymouth, un électeur vota à raison d’un freehold n’équivalant pas à un millième de franc.

De même qu’on créait quelquefois des freeholders ou des burgage-tenants, on pouvait aussi, en certains cas, créer des freemen, quand, cette qualité emportant celle d’électeur, il y avait intérêt à en augmenter le nombre. On devient en effet freemen de plusieurs manières 1 ° par naissance, lorsqu’on est fils d’un freemen (dans quelques localités il suffit d’en être le gendre) ; 2° par service, lorsqu’on a été sept ans comme apprenti dans le bourg chez un maître du bourg ; 3° par concession, les corporations ayant eu dès le principe le droit de s’adjoindre de nouveaux membres, quand elles le jugeraient opportun. On supposait que l’intérêt des maîtres contiendrait ces droits dans des limites assez étroites, mais les corporations en ont usé quelquefois sans réserve dans des vues électorales ; ainsi celle de Durham créa dans une nuit 200 freemen, pour assurer l’élection, vivement contestée, de M. R. Gowland ; et celle de Carlisle, humblement soumise aux volontés du comte de Lonsdale, créa en une seule fois 1400 freemen, presque tous ouvriers dans les mines du comte, et écarta ainsi le candidat porté par les électeurs indépendans.