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La Grèce tressaillit, et Thucydide pleura. Douze ans après, Hérodote lut encore à Athènes, à la fête des Panathénées, d’autres morceaux de son livre ; enfin il alla terminer son œuvre et sa vie à Thurium, et cet homme, qui avait séjourné dans Memphis, fit de l’Italie son dernier séjour et son tombeau.

On ignore quand Hérodote conçut l’idée et le plan de son histoire. Est-ce avant de voyager qu’il résolut d’écrire ? et ne parcourut-il la terre que parce qu’il avait l’intention de la raconter ? Ou bien est-ce au milieu de ses courses et de sa pérégrination aventureuse que la pensée lui vint de dire aux hommes ce qu’il voyait ? Est-ce auprès de la statue d’Isis, dont la bouche est scellée, et qui tient dans ses mains une clé comme pour fermer à l’homme la science et la nature, qu’il prit le parti de divulguer les choses humaines ? Ne serait-ce pas plutôt dans Tyr, au milieu du commerce du monde, à côté de l’ivoire, des perles et des tissus de pourpre, qu’il voulut élever un monument à l’activité humaine ? ou bien le cri de la liberté grecque n’a-t-il pas excité ce contemporain de Thémistocle à ne pas laisser périr dans la mémoire des hommes le triomphe de l’intelligence athénienne contre l’avalanche des masses orientales ?

Au surplus, quel que soit le moment où Hérodote ait résolu d’écrire, il n’a dû commencer l’exécution de son dessein qu’après avoir maîtrisé par une longue réflexion les matériaux infinis dont il avait à disposer. Son plan est simple, sa marche ferme, son but évident. L’unité dramatique de son sujet n’est point un obstacle aux choses immenses qu’il doit raconter : elle leur donne au contraire une forme heureuse et une splendeur héroïque. La guerre des Perses contre les Grecs, voilà l’unité d’Hérodote. Il prend pour guide, dans les commencemens de son histoire, l’épée de Cyrus, et il marche à la suite de ce conquérant. C’est au milieu des prospérités de Crésus et de la monarchie lydienne qu’il fait intervenir violemment le père de Cambyse. Une fois Cyrus entré en scène avec éclat, nous apprenons son histoire et celle de ses Perses. Nous connaissons alors les Mèdes, la royauté de Dejocès, la construction d’Ecbatane ; Dejocès a pour successeurs Phraorte, Cyaxare, Astyage, père de Cyrus, et nous voilà ramenés au conquérant. Il devient maître de toute l’Asie supérieure sur laquelle les Mèdes avaient régné cent vingt-huit ans. Hérodote raconte les institutions