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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 5.djvu/328

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ses temporisations, toutes ses lenteurs sont des signes de force et de vitalité. Pourquoi donc s’en alarmer ? Il faut bien plutôt s’en applaudir. Les légendes mythologiques parlent d’une mère dont la délivrance dura vingt jours et vingt nuits, mais le fruit qui naquit de ce long enfantement était un dieu ; il avait devant lui plus de siècles de vie que sa naissance n’avait duré d’heures ; il avait l’éternité.

Les juntes employèrent tout le mois d’août à se constituer ; une fois constituées, elles restèrent en permanence. M. de Toreno essaya de faire tête à l’orage plutôt sans doute par bienséance qu’avec l’espoir de le dompter. Un petit avantage remporté à Madrid prolongea de quelques jours sa factice existence. La cour et le gouvernement étaient à Saint-Ildefonse ; la milice urbaine de la capitale voulut, elle aussi, faire sa partie et introniser sa junte. Elle se rendit maîtresse de la ville sans coup férir ; mais sa victoire l’étonna, elle ne sut qu’en faire ; elle eut peur, le courage lui manqua, elle lâcha pied.

Cette défaite partielle ne changea rien à la situation générale ; les provinces tenaient résolument la campagne. Ce n’était plus seulement Saragosse et la Catalogne qui avaient leurs juntes, c’était le royaume de Valence, le royaume de Murcie, Grenade, l’Andalousie, l’Estramadure, la Galice, la Péninsule tout entière ; la chaîne était nouée de la Corogne à Carthagène, de Cadix à Barcelone ; partout retentissaient les mêmes réclamations, les mêmes plaintes. Toutes les autorités qui avaient refusé de s’associer au mouvement avaient été congédiées, et la monarchie ainsi démembrée en était réellement réduite alors à Madrid qui encore avait pensé lui échapper, et à la Vieille-Castille septentrionale que la présence des troupes contenait dans l’obéissance. Lors du soulèvement de la capitale, la cour avait été saisie d’une telle panique, qu’il avait été un moment question de déserter à Burgos avec armes et bagages.

M. de Toreno répondit à ce vaste concert d’hostilités et de menaces par un manifeste qu’on peut admirer comme un beau monument littéraire, mais qui, au point de vue politique, n’est pas sérieux ; ce n’est qu’une feuille de papier. Il déclarait les juntes rebelles et leur ordonnait de se dissoudre. C’est ce dont elles se donnèrent bien de garde ; elles répliquèrent, les unes avec mesure, les autres avec violence, toutes avec fermeté, que, loin de