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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 5.djvu/31

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dans ces ténèbres créatrices, dans cette nuit vivante d’où sortira la lumière, dans ce chaos fécond qui enfantera un monde.

Qu’allons-nous rencontrer ? D’abord les populations primitives de la Gaule, les populations ibériennes dont un débris a survécu, le peuple basque ; les populations celtiques dont il existe un autre débris, la race bretonne. Vous le sentez, nous ne nous arrêterons pas long-temps à ces populations primitives dont la culture est fort peu de chose ; cependant nous les mentionnerons. Nous accorderons plus d’attention à la culture grecque. Nous verrons les Phocéens aborder sur nos côtes, et une auréole de civilisation grecque resplendir sur notre littoral méditerranéen. Nous constaterons l’influence civilisatrice que les Grecs, établis sur une portion de notre sol, ont exercée sur les autres parties de la France. Nous verrons ensuite la culture latine, associée à la culture grecque dont elle dérive en partie, s’avancer progressivement du midi au nord, et s’étendre même jusqu’aux extrémités du monde romain. Ici, nous rencontrerons le plus grand évènement de l’histoire moderne, le plus grand évènement de l’histoire du monde, l’établissement du christianisme ; et la Gaule n’est pas un mauvais théâtre pour étudier la lutte du christianisme qui commence avec le paganisme qui finit. Au IIIe et au IVe siècle, en effet, la Gaule est une des parties de l’empire dont la culture païenne est la plus remarquable. La nécessité d’aller au devant des Barbares y attire plusieurs empereurs romains ; c’est le moment du grand développement littéraire d’Autun et de Trèves. Là nous trouverons une école qui a transporté dans ces régions nouvelles la rhétorique et la déclamation de la Grèce. A Autun, à Trèves, à Bordeaux, l’on rencontre alors des hommes chrétiens par situation, par politique, par nécessité sociale, mais païens d’affection, surtout d’imagination et d’habitude. Ausone offre un type fort piquant de ces fusions qui s’opéraient dans les croyances entre l’ancienne religion et la nouvelle. Rutilius de Poitiers, est un de ces païens retardataires qui ne s’apercevaient pas que la société avait changé autour d’eux, qui ne pouvaient croire à une révolution déjà accomplie, et qui rêvaient l’éternité du monde romain, quand le monde romain n’était déjà plus.

A cette littérature païenne, ou païenne à demi, s’opposera la littérature chrétienne, d’un genre tout différent., d’une physionomie tout autrement sérieuse. Du côté des rhéteurs et des beaux esprits,