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C’était un libéral à la façon des libéraux français d’alors ; l’avenir a montré ce qu’il en était de nos Brutus parlementaires. En les jetant au pouvoir, tous ces héros de tribune, il a réduit à leurs véritables termes leurs indomptables fougues de dévouement, leurs inextinguibles ardeurs de liberté. M. Martinez cependant, et il est juste de le rappeler, a sur nos honorables des fameux quinze ans cette supériorité notable que lui, du moins, avait payé de sa personne, et qu’il s’était livré lui-même en étage. Combien des autres en ont fait autant ?

La seconde restauration fut plus clémente pour lui que n’avait été la première ; il ne fut pas même exilé. Il passa volontairement en Italie, et de là à Paris, où il se donna tout entier aux lettres. Ce n’est pas ici le lieu de nous occuper de ses travaux d’art. L’homme d’état ajourne l’homme littéraire ; quand nous aurons fini avec l’un, peut-être irons-nous à l’autre.

Ce n’est pas qu’à Paris l’homme littéraire n’ait éclipsé l’homme d’état : M. Martinez de la Rosa passe pour être resté tout-à-fait en dehors des préoccupations politiques de ses compatriotes pendant tout le cours de son volontaire exil. Il ne prit aucune part à l’expédition de 1830, et, n’étant pas réellement proscrit, il fut l’un des premiers à rentrer en grace et à retourner à ses foyers.

Tels sont les antécédens du ministre que la force des choses amenait dans les conseils de la reine Christine. C’était, nous l’avions dit, nous venons de le prouver, un grand pas de fait ; c’était la réhabilitation publique et complète de jours marqués en noir jusque-là dans les fastes de la monarchie, d’hommes long-temps persécutés ; c’est en ce sens que le ministère Martinez était un progrès sur le ministère Zéa. Mais à peine la révolution naissante lui fut-elle remise en tutelle, que le précepteur de ce nouvel Hercule parut plus propre, plus disposé peut-être à garotter, à énerver dans ses maillots le vigoureux nourrisson, qu’à développer sa force et sa foi ; trop souvent même on put se rappeler, en le voyant à l’œuvre, le dragon mythologique envoyé par la jalousie pour étouffer au berceau le futur vainqueur de l’hydre aux cent têtes.

Nous reprenons maintenant le cours des évènemens où nous les avons laissés, mais nous allons presser le pas, car les faits qui nous restent à récapituler sont trop récens pour n’être pas présens à