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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 5.djvu/30

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Nous en possédons, nous nous en servirons ; nous aurons un âge antédiluvien comme les géologues ; ce que nous voulons faire, ce n’est pas un catalogue des livres, écrits en français rangés par ordre de date avec la biographie des auteurs : notre intention est autre ; ce que nous cherchons dans la littérature, c’est ce qu’y cherchent tous ceux qui en font une étude sérieuse ; nous prétendons tracer l’histoire du développement intellectuel et moral de notre nation. Que ce développement se traduise dans une langue ou dans une autre, il est impossible d’en passer sous silence une portion aussi considérable. Quand on écrit l’histoire des individus, on ne les prend pas tout formés, tout développés, on raconte les années de leur enfance, de leur jeunesse, et ce récit n’est pas souvent la partie la moins intéressante de leur biographie. Ce n’est pas ma faute, après tout, si César a conquis les Gaules ; si le christianisme les a trouvées latines ; si les barbares ont été forcés de dépouiller leur propre idiome pour balbutier d’une voix rude l’idiome des vaincus ; si l’unique culture du pays que nous habitons jusqu’au XIIe siècle a été latine ; si le moyen-âge, même après l’introduction de la littérature vulgaire, a continué en beaucoup de genres à conserver l’usage du latin si à la Renaissance l’Europe a été encore une fois latine ; si, pour ce qui nous concerne particulièrement, en France, notre XVIIe siècle, averti par son instinct profond du génie de notre lange et de notre littérature, s’est refait presque complètement latin ; si enfin, à l’heure qu’il est, notre langue et notre littérature ont encore leurs racines les plus profondes, les plus intimes et les plus vraies, si je puis parler ainsi, dans le sol latin. Ce sont des faits, des faits très importans, et tous ces faits concourent à prouver la nécessité de partir d’une étude approfondie de l’époque latine ; car pour en finir avec ce que j’ai à dire sur ce point capital, j’ajouterai que l’époque latine n’est pas seulement une portion comme une autre du développement de l’esprit français ; mais une portion essentielle, fondamentale. Ce n’est pas seulement un antécédent de ce qui a suivi, c’est une cause. C’est là qu’est la racine, le germe, la semence. Il y a donc une utilité toute particulière, une nécessité incontestable à s’enfoncer dans cette époque préliminaire d’élaboration, de préparation, où les divers élémens qui vivront plus tard, qui s’organiseront, fermentent, se confondent, s’amalgament de mille manières. Il est indispensable pour nous de plonger