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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 5.djvu/256

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des grands rois de Castille et d’Aragon ; l’Espagne des enfans de Louis XIV, que le descendant de la maison de Wittelsbach, que le roi de la Bavière refuse de reconnaître ! Un roi qui est forcé d’aller s’embarquer à Ancône sur une frégate anglaise, un roi sans port, sans marine, sans pavillon ; un roi qui ne vit que par la grace de la Prusse et de la France, ses redoutables voisines, refuser son salut de roi à la patrie du Cid et de Christophe Colomb ! Ce serait déjà une dérision assez grande si ce roi était dans son pays, à deux pas de son petit trône ; mais en Grèce, à l’ombre d’une couronne dont la France, l’alliée de l’Espagne, a payé de sa main généreuse tous les joyaux, que lui doit encore le fils du roi de Bavière ; sur un sol encore marqué du pied de nos soldats, qui sont venus achever sa délivrance, le roi Louis insulte la reine d’Espagne dans la personne de son ambassadeur ! C’en est trop vraiment, et la suspension de l’emprunt n’est que la bien faible punition d’une si ridicule jactance.

Le ministre des affaires étrangères, que le message du président Jackson délivre de ses inquiétudes au sujet de l’Amérique, fera bien de réserver pour cet incident grec toute l’énergie qu’il usait bien inutilement contre l’imperceptible canton de Bâle-Campagne, dont les différends avec la France sont aplanis. La France a été pleine de courage en cette circonstance : elle a cédé. Pourquoi pas ? La France avait tort, ou plutôt M. de Broglie avait tort, car M. de Broglie n’est pas tout-à-fait la France. M. de Broglie n’avait pas lu les traités qui étaient formels, nous l’avons dit, et qui condamnaient toutes ses prétentions. Le gouvernement fédéral en a appelé à M. de Broglie mieux informé, et M. de Broglie a reconnu son erreur, que nous avions signalée dès l’apparition de son manifeste. Il est vrai que nous ne sommes pas ministre des affaires étrangères, et que nous avons tout le loisir de lire les traités. Une difficulté va toutefois s’élever au sujet de cette erreur du ministre. Le canton de Bâle-Campagne a été frappé d’interdit pendant plusieurs mois ; des sujets suisses ont été expulsés, des marchandises arrêtées et repoussées à la frontière d’Alsace ; qui paiera ces dommages ? Est-ce la Suisse qui avait raison ou la France (lisez M. de Broglie) qui avait tort, et qui reconnaît son tort aujourd’hui ? C’est une question que nous soumettons à M. de Broglie.

Il est établi en principe que les ministres ne paient pas les dommages qu’ils causent. C’est sans doute en vertu de ce principe, que M. Thiers s’apprête à demander à la chambre un crédit énorme pour élever une nouvelle Bibliothèque royale sur la rive gauche de la Seine, près de la rue de Belle-Chasse, et y transporter la bibliothèque de la rue Richelieu. Le terrain a déjà été marqué par M. Thiers, et les experts lui ont déclaré