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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 5.djvu/203

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comme sous le ciel de la Catalogne. Le lai [1] s’en va du pays de l’Armorique au pays de Souabe, des plaines de la Normandie aux côtes de la Provence.

Le fidler ambulant porte la fiction poétique de village en village ; le châtelain se la fait redire dans une de ses grandes salles, et le bourgeois l’apprend dans une de ses veillées. Nulle poésie n’a cueilli plus de fleurs le long de sa route. Elle a une lyre, où vibrent toutes les passions, où toutes les idées d’amour et de guerre, de liberté et de foi, ont leur corde d’argent ou leur corde d’airain. Les fées l’ont prise à son berceau, les sylphes l’ont entourée de leurs prestiges. Toute jeune elle a été recevoir le don des Péris. Elle s’est épanouie comme une belle plante au soleil d’Orient ; elle a connu le palais moresque avec ses soupirs d’amour, et les jardins de Grenade avec leurs parfums d’oranger. Toute jeune aussi, elle a rêvé ses plus beaux rêves chevaleresques ; Arthur et la table ronde ; Lancelot du Lac, avec sa belle Genèvre ; Charlemagne et le preux Roland ; le Saint-Graal et ses pieux mystères. Ouvrez-lui donc la lice ; c’est une héroïne qui a été sur le champ de bataille avec Bernard del Carpio ou Cid le Campeador. Donnez-lui une

  1. Le lai a parcouru toute l’Europe. Du moins ce nom se retrouve dans la plupart des états du nord et du midi : en allemand, lied ; en islandais, liod ; en anglo-saxon ; leod ; en irlandais, lai ; en dialecte suisse, liedli, et dans le latin barbare des premiers siècles du moyen-âge on le désignait sous le nom de leudus. La chronique de Limbourg rapporte qu’au XIVe siècle la société des flagellans allemands chantaient en faisant leurs pénitences publiques des chants appelés layse