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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 5.djvu/200

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CHANTS DE GUERRE


DE LA SUISSE




Aucune poésie n’a été plus long-temps méconnue, dédaignée, que cette poésie simple, traditionnelle, que nous désignons sous le nom de poésie populaire, et il n’en est aucune qui présente plus de richesse et de variété. A une époque où la littérature était toute entière livrée à l’étude du style, à la recherche des formes sévères et élégantes, lorsque Boileau en France, Pope en Angleterre, Gottsched en Allemagne, présentaient à leurs compatriotes, comme modèles poétiques, le vers correct et châtié, le vers dépouillé de toute expression triviale, le vers portant l’habit à paillettes et les hauts talons, pour s’en aller dans le grand monde ; à cette époque, il ne pouvait guère être question de cette pauvre poésie populaire, si insoucieuse de la forme, si peut faite aux allures de salon. De là vient que pendant plusieurs siècles, l’histoire de notre littérature est restée incomplète, car on ne voulait tenir aucun compte de ces œuvres primitives, de ces premiers bégaiemens poétiques de la foule au début de la civilisation. Un beau jour cependant l’ancienne poésie, et la poésie populaire qui s’y trouve enclavée, sortirent de cet oubli où elles avaient été si long-temps temps plongées, et vinrent nous surprendre avec leur naïf langage et leurs gracieuses fictions. Il arriva alors une révolution littéraire qui dut faire trembler au fond de sa tombe, dans le cimetière de Leipzig, l’ombre de Gottsched. La poésie élégante, aristocratique, fut obligée de s’incliner devant cette pauvre plébéienne qui s’en venait, après quatre ou cinq siècles de sommeil, redemander une part de