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MUSICALE




On se souvient avec quelle froideur le public français accueillit d’abord la musique de Bellini. A ses premières représentations le Pirate échoua ; ni sa grande réputation italienne, ni la voix du Rubini, ne purent le soutenir. C’est que le public du Théâtre-Italien se méfie surtout des choses nouvelles ; d’ailleurs, à cette époque, Rossini suffisait encore à ses plaisirs de la semaine : aujourd’hui Sémiramis, demain Otello, puis toujours Sémiramis et Otello, avec la Malibran pour Arsace et la Sontag pour Desdémone ; car il est ainsi fait, dès qu’il adopte une œuvre, il en abuse. La partie est entre le public et l’œuvre, c’est une lutte à qui des deux sera le plus tôt terrassé. Si l’œuvre est d’airain ou d’or pur, elle résiste et sort plus éclatante et plus sonore ; dans le cas contraire, il faut qu’elle succombe ; ou c’est le public qui épuise l’œuvre, ou c’est l’œuvre qui épuise le public. Combien de fois les opéras de Mozart ont tenté vaillamment cette épreuve ! Qu’arrive-t-il ? le dégoût vient tôt ou tard. La lassitude enfante l’inconstance. Le public se souvient des partitions qu’on lui faisait entendre à certains jours de loisir, et presque malgré lui, et pour peu que cette musique ait en elle des élémens féconds et généreux, il court à l’auteur et le proclame divin. Chose étrange ! il consacre ce