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diligence et l’hôtel garni. Le moindre commis voyageur de France ou même de Belgique connaît des belles de table d’hôte plus séduisantes et des escrocs plus spirituels que la Dujour et les joueurs du nouveau Faust, qui sont gauches et maussades à faire peine. Nous ne saurions trop répéter à nos confrères d’outre-Rhin qu’ils n’attachent pas assez d’importance à l’étude sérieuse de la vie réelle. Goëthe, seul peut-être entre tous les écrivains germaniques, a eu ce mérite, et la popularité dont il jouit est universelle et profonde bien autrement que celle de Schiller, qui avait pourtant plus de poésie dans le cœur. Si le Faust de M. de B. n’était qu’un drame, ce serait une production médiocre ; comme symbole souvent revêtu d’une haute poésie, c’est une œuvre qui présagerait à un auteur jeune un bel avenir.


DIE BELAGERUNG VON MAESTRICHT (le Siège de Maestricht), tragédie par J.-C. Hauch, professeur à l’université de Soroë

Une ode dédicatoire où l’on trouve deux pensées poétiques m’avait donné bon espoir. Malheureusement cette œuvre est moins qu’une tragédie de professeur. Nous en faisions tous de semblables en quatrième. L’auteur ne sait ce que sont action et caractères. Le dialogue marche toujours tout droit avec un prosaïsme désespérant, sinon risible, et ne sert même pas à exposer une conviction religieuse ou politique. C’est, non pas une pièce, mais un auteur à refaire.


TASSO’S TOD (la Mort du Tasse), tragédie par le docteur E. Raupach, Hambourg.

Si M. Raupach n’est pas plus connu en France, c’est probablement sa faute. M. Raupach est le Scribe de l’Allemagne ; mais entendons-nous, Un Scribe allemand. Comme son homogène, il produit beaucoup, écrit avec facilité, se joue assez volontiers de son public, traite cavalièrement certaines convenances historiques et littéraires, n’approfondit rien et s’essaie dans tous les genres. Ici cesse la ressemblance ; car, si le Scribe allemand écrit des farces (possen), il paraît se complaire davantage dans le genre sérieux, et la tragédie fait résonner son nom plus souvent que la comédie. Si ses vaudevilles ne valent pas les vaudevilles français que l’Allemagne, atteinte de la maladie littéraire du siècle, recherche avec empressement, il a, en revanche, plus de poésie dans l’ame, et ç’aurait été