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faits précieux pour l’histoire militaire, on voit Seydlitz déployer les merveilleuses qualités du cavalier cassecou, la promptitude du coup d’œil et la décision qui relevèrent promptement au faîte des distinctions militaires et en firent le premier général de cavalerie du temps. M. Varnhagen ne flatte pas son héros, et réfute même ceux qui lui prêtent une instruction qu’on n’exigeait pas des officiers à cette époque, encore moins des pages de certains petits princes allemands, qui les élevaient très mal. Seydlitz fut avant tout un sabreur très intelligent, doué de l’instinct le plus militaire, auquel l’instruction n’aurait probablement rien donné, si même elle n’avait pas refroidi sa brillante ardeur. Dans la seconde partie du livre, c’est un homme qui n’appartient plus seulement au militaire, mais à tout le monde, un brave original avec de solides qualités, des préjugés honorables, des caprices, de nobles vertus, des vices de position, et toujours une vocation intraitable pour le métier de cavalier. Cette partie est la plus curieuse pour nous. L’histoire des intermittences de jalousie mesquine et de reconnaissance que Frédéric ressentit toujours à l’égard de ce précieux serviteur, est fort intéressante. M. Varnhagen y a fait preuve d’impartialité et peut-être d’indépendance. Nous ne sommes pas très fixé sur ce point. Nous savons seulement qu’on se sert à Berlin du nom du grand Frédéric, comme la restauration voulait se couvrir chez nous de celui d’Henri IV. Le style de cette biographie est simple, convenable, sans prétention, comme il convient à un homme de goût, sûr de lui et des gens auxquels il s’adresse. Cela repose singulièrement du fatalisme pindarique de nos philosophes historiens.


Schule der Hœflichkeit, etc. (École de la politesse pour les jeunes et les vieux), par G. Fr. Rumohr. 1 vol., Stuttgart.

M. de Rumohr, qui est principalement connu comme gentilhomme de Holstein ou de Mecklembourg, a voulu se faire une réputation comme écrivain ; il a fait et publié plusieurs voyages en Italie, et puis il a écrit un livre sur l’esprit de la cuisine (Der Geist der Kochkunst). Avec tant de vocations diverses, c’eût été miracle que les idées ne se confondissent pas. S’il a donc introduit l’art dans la cuisine, il a reporté dans ses intuitions d’art l’esprit d’une cuisinière ; tout en-voulant faire de l’esthétique et de la philosophie, il n’a jamais pu s’élever au sens tel quel d’un tableau, et n’a rien trouvé de mieux que l’énumération sèche des termes techniques, accompagnée de l’histoire des objets d’art, avec les prix auxquels ils ont été vendus à différentes époques. Aujourd’hui, il se fait professeur de l’art de vivre, car il ne veut pas moins que féconder avec une science