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vin ; au lieu de la mélancolie du nord, la gaîté méridionale, vous auriez par avance le paradis sur cette terre : Suum cuique, comme dit votre aigle noir. »

Vous connaissez déjà par son ouvrage sur l’Angleterre la manière du prince Puckler. Esprit d’observation, surtout de cette observation qui procède plus volontiers de l’expérience que d’une réflexion profonde, absence d’emphase, complaisance adroite pour les idées en faveur, gaieté, souplesse et sobriété de style, sont les qualités qui le distinguent. Ces qualités partent, à vrai dire, d’un principe négatif qui naît de la position de l’écrivain. On voit clairement, comme nous l’avons déjà dit, qu’il n’aime pas à troubler sa vie, qu’il fait rire ses lecteurs, parce qu’il a ri le premier, par suite de cette disposition des heureux qui les porte avant tout à choisir le côté agréable de toutes choses. Et puis il a trop vu, trop éprouvé pour s’abandonner à la déclamation, comme les gens qui ne connaissent rien, qui n’ont vécu que dans le monde des idées. Il se garde bien de choquer par des prétentions aristocratiques, sûr qu’il est de retrouver par quelque côté cette supériorité dont il fait bon marché de l’autre. C’est là presque une autre sorte de fatuité ; au moins n’a-t il en cela aucun mérite. À tout prendre, c’est un bon et aimable compagnon. Les fruits qu’il offre aux lecteurs dans ces deux volumes sont des contes, voyages, dissertations plaisantes, lettres, etc. ; enfin la macédoine la moins fatigante. C’est là surtout que le ton d’un homme bien élevé est à sa place, et bien préférable à la prétention pesante, à la profondeur obscure de beaucoup de littérateurs de métier. Aussi souhaitons-nous aux amateurs de lectures faciles d’autres volumes du prince Puckler, que Dieu veuille garder de la paralysie cérébrale et du séquestre prussien !


Leben des generals Freiherrn von Seydlitz (Vie du général de Seydlitz), par Varnhagen de Ense. 1 vol. Berlin.

On n’a pas cessé à Berlin de s’occuper de recherches historiques sur le règne du grand Frédéric, ce que nous approuvons fort, quoiqu’on puisse ne trouver dans beaucoup des livres de ce genre qu’une intention de flatterie pour la famille régnante ou pour la vanité nationale. Ceci ne s’applique nullement à l’ouvrage de M. Varnhagen. L’auteur est un homme de conscience et d’un talent incontesté, dont les idées, sans être toujours les nôtres, nous apparaissent au moins comme de respectables convictions. La vie du général Seydlitz, l’un des compagnons d’armes de Frédéric, comprend deux périodes fort distinctes, les travaux guerriers d’abord, et le repos occupé pendant la paix. Dans la première, qui contient surtout des