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Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/91

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au large sous un soleil de paix, et reflétant dans ses ondes la prospérité de vastes contrées.

Telle doit être infailliblement la destinée de l’art que nous chérissons comme l’âme de la vie sociale, comme l’aliment de ce besoin que l’homme éprouve encore après avoir vécu de pain, destinée dont nous gémirions de douter, et qui, dans noire conviction, doit avoir une durée commune avec la destinée de l’humanité.

Aussi nous affligeons-nous quand nous voyons obsédés de doutes pareils des esprits avec lesquels nous aurions grand plaisir à sympathiser. M. Hœring est moins autorisé qu’un autre à désespérer de l’avenir. Qu’il se rappelle que son roman de Walladmore a été attribué à Walter Scott, du vivant même du célèbre Ecossais, et qu’on l’a lu en Angleterre avec un empressement égal à celui qui l’a accueilli en Allemagne. C’est là une preuve que les préoccupations politiques les plus graves gardent le silence au moins pendant quelques heures devant l’inspiration de l’esprit. Et pourtant M. Hœring fait, dans l’Allemagne méridionale et sur les bords du Rhin, un voyage, sans doute pour se rafraichir le sang et l’imagination, et il n’y trouve qu’à s’échauffer contre le libéralisme et les constitutions ! Que lui ont fait ces choses, sinon de lui fournir de bonnes plaisanteries qui l’emportent de beaucoup sur les mauvaises semées çà et là dans son livre ? Mais tout cet esprit qui paraîtrait charmant chez un écrivain impartial, prend une teinte de monotonie chagrine dans la bouche d’un stationnaire quand même. Ce n’est pas que M. Hœring soit ultrà. Vraiment non ! Adepte complet du système prussien, il rit également des prétentions surannées de la noblesse et des congrégations, et conclut que la monarchie prussienne est le meilleur des mondes possibles. Il en est encore, qui le croirait d’un tel esprit ? il en est quelquefois à douter si l’on n’a pas fait une faute de laisser à la France la Lorraine et l’Alsace ! Il est vrai qu’à sa dernière visite à Strasbourg, l’an passé, il a été saisi d’un douloureux étonnement en voyant les citadins lui avouer qu’ils ne savaient plus l’allemand, et les femmes vêtues à la mode de Paris. Peut-être aura-t-il pensé alors, comme nous, qu’il suffirait d’une armée de Lorrains et d’Alsaciens pour défendre l’Alsace et la Lorraine, même contre la Prusse. En somme, M. Hœring devrait reconnaître, à sa crainte même de la tendance du siècle, ce symptôme de nécessité fatale et irrésistible qui a toujours rendu les événemens plus forts que les hommes. Qu’il se résigne donc en se souvenant que les masses ont la conscience du but même qu’elles ne connaissent pas, et que les intérêts généraux font toujours justice des extravagances excentriques. En attendant l’avenir, qu’il continue à faire de bonne critique et des livres amusans, et nous lui promettons, quels