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Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/725

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qui avait abandonné le plus vite cette pensée. Le roi termina en disant qu’on ne l’accuserait plus du moins de ne pas s’abandonner à l’avis de son conseil, puisqu’il consentait à subir en cette circonstance les opinions de M. Guizot et de M. de Broglie. — C’est en ces termes qu’on se quitta.

Le cabinet doctrinaire se trouvait constitué, il est vrai, mais il s’agissait de trouver un ministre de la guerre. La doctrine, qui a recruté des sujets dans l’université, dans le barreau, dans la diplomatie et dans les finances, n’a pas encore pénétré dans l’armée, et il n’est pas venu à notre connaissance qu’elle eût une seule épée à son service. Il est notoire qu’on ne put trouver dans les illustrations de l’armée un seul nom qui voulût se dévouer pour elle. C’est alors que M. Thiers ou M. Guizot, tous deux peut-être, avisèrent que Mme la maréchale Maison avait reçu, il y a peu de temps, une lettre de son mari, qu’elle montrait avec empressement. Dans cette lettre, le maréchal Maison autorisait la maréchale à déclarer partout qu’il n’accepterait à aucun prix le ministère de la guerre, et qu’il voulait rester étranger à toutes les combinaisons ministérielles qui pourraient se faire à Paris, attendu qu’il se regarde comme fort utile à Saint-Pétersbourg, et que d’ailleurs il se plait dans ce poste. Tout d’une voix, les ministres rentrans s’écrièrent que le ministre de la guerre était tout trouvé. On était sûr de gagner six semaines par la nomination et le refus du maréchal Maison ; son nom fut immédiatement inscrit sur les nouvelles ordonnances. Voilà le ministère !

Dans cette affaire, M. Thiers avait joué tous les rôles, selon sa louable coutume. Il avait espéré qu’il ferait partie de la combinaison Soult, de la combinaison Gérard ; au dernier acte, il a trouvé bon de se faire adresser de grotesques supplications, par la coterie Fulchiron, pour rester au ministère. Il n’a pas fallu de grandes instances. Il reste, mais à la queue de M. Guizot, mais présidé par M. de Broglie, dont, en lui-même, il récuse la supériorité. Le seul lien qui l’unisse réellement à M. Guizot, c’est la question d’amnistie, dont il est le plus violent adversaire. Le ministère de l’intérieur n’avait que six mois de travail arriéré quand M. Thiers se disposait à le quitter, il y a vingt jours ; dans quelques mois, son successeur trouvera de la besogne à faire pour plus d’un an.

Toute l’habileté du roi, toutes ses résistances, toute l’éloquence répandue dans la brochure de M. Rœderer, tout ce système qui tend à user les hommes en réputation, placés autour du souverain, tout cela n’aurait donc abouti qu’à le placer sous le joug d’une petite faction, composée de deux ou trois hommes inflexibles et d’une vingtaine de jeunes gens, beaux discoureurs, et formés de bonne heure aux roueries politiques ! Mais on peut s’en fier à l’esprit actif qu’ils cherchent à enlacer ; il sera leur ennemi