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le talent qu’ils déployèrent au milieu des graves événemens qui suivirent.

M. Lebeau devint ministre de l’extérieur ; M. Devaux lui fut adjoint comme ministre d’état sans portefeuille, et M. Nothomb, en conservant son titre de secrétaire-général des affaires étrangères, apporta à ses deux amis l’expérience du comité diplomatique et du premier ministère du régent. On peut affirmer que pendant cette période ils tinrent entre leurs mains les destinées de la révolution belge. Tout leur système se réduisait à ceci : — Sauver l’indépendance du pays en nommant au plus vite un roi qui pût être reconnu par les puissances ; transiger avec la conférence sur les limites et les autres conditions d’existence du nouvel état ; profiter de la peur inspirée par les révolutions de France, de Belgique, d’Italie, de Pologne, et ne pas attendre le retour du calme en Europe pour constituer la Belgique. Ce fut sur ces principes que reposa tout l’édifice diplomatique du ministère de M. Lebeau.

J’ai dit que M. Nothomb, quoique simple secrétaire-général des affaires étrangères, devait être placé sur la même ligne que M. Lebeau, quant à l’influence exercée sur les affaires diplomatiques. Je ferai donc marcher de front sa biographie politique avec celle du ministre, son ami et son collègue actuel à la chambre des représentans.

M. Nothomb, membre de la députation qui alla notifier à Londres au prince de Saxe-Cobourg le décret qui l’appelait au nouveau trône de Belgique, était chargé en outre par le ministre, ainsi que M. Devaux, d’une mission secrète et non officielle. Il s’agissait de faire accepter par la conférence un nouveau système d’enclaves, qui, au moyen d’une petite supercherie historique, agrandissait considérablement le territoire de la partie belge des Pays-Bas. Cette délimitation, basée sur les droits hollandais en 1790, était l’ouvrage de M. Nothomb. Il résultait de l’article 2 des bases de séparation du 27 janvier 1831 que la souveraineté de Maëstricht, qu’on avait crue indivise, appartenait à la Belgique seule, du chef des anciens princes de Liège, dont M. Nothomb se réservait plus tard d’appuyer les droits au moyen de vieilles chartes retrouvées à propos. Les plénipotentiaires des puissances consentirent à cette