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Lorsque le désastre de Louvain eut montré la faiblesse de l’armée belge et sa déplorable organisation, opposées à la forte armée du roi Guillaume, encore menaçante, c’est M. Charles de Brouckère qu’on supplia de se laisser investir de la responsabilité du portefeuille de la guerre. Toujours flatté et caressé au moment du péril, toujours éconduit aux jours du triomphe, M. de Brouckère n’a jamais failli à ceux qui ont fait appel à son cœur ou à son bras au nom des libertés belges. Son front pâle et malade dans sa main, les yeux creusés par le chagrin de se voir trompé, méconnu, humilié, calonmié, M. de Brouckère a bu le plus terrible breuvage qu’il soit donné au sort d’approcher des lèvres humaines, à savoir l’ingratitude populaire mêlée au poison de la courtisanerie, abominable mélange de fiel et de vinaigre, comme l’éponge de Jésus sur la croix.

Quoique M. Charles de Brouckère eût voté dans le congrès contre l’élection du prince de Saxe-Cobourg, et qu’il eût quitté le conseil des ministres pour entrer dans les rangs de l’opposition, il fut appelé par le roi Léopold à la direction de l’intérieur le 5 août 1831, c’est-à-dire lorsque le général Chassé venait de dénoncer l’armistice, et que les Hollandais envahissaient le territoire du nouveau souverain des Belges. Le roi Léopold était alors occupé à visiter les établissemens industriels de Liège, quand lui arriva la nouvelle de l’invasion hollandaise. Ce fut un coup de foudre pour tout le monde. Le roi revint en hâte à Bruxelles, ne sachant si l’ennemi n’était pas déjà sur sa trace, et craignant de le voir entrer dans la capitale avant lui. Le général de Failly, qui remplaçait à la guerre le général Daine, demeurait consterné. M. Goblet, général du génie, eut avec le ministre une conférence qui se prolongea une grande partie de la nuit, sans amener le plus léger résultat. Les instans étaient cependant précieux : il y allait du sort d’un royaume. M. Charles de Brouckère se rendit au palais, où le roi le chargea de pourvoir à tout et d’employer son activité bien connue à rallier l’armée au j)lus vite et à mettre au moins la capitale à l’abri d’un coup de main.

M. de Brouckère se transporta immédiatement au ministère de la guerre, où, en vertu des pouvoirs qu’il avait reçus du roi, il ordonna à M. de Failly de partir sans plus attendre pour l’armée de