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ministère d’aujourd’hui, , mais aussi ceux qui prirent part au gouvernement depuis 1830, et que l’on ne saurait classer dans aucune des trois autres catégories. Cette seconde partie de la tache comporte des développemens qui nous obligent d’esquisser la première plus rapidement que nous ne voudrions le faire.

Sur les vingt membres environ dont peut se composer la minorité libérale à la chambre des représentans, ceux dont les noms suivent méritent une attention particulière : ce sont MM. Henri de Brouckère, Fallon, Jullien, Fleussu, Corbisier, Meeus et Rouppe. M. Rouppe, bourgmestre actuel de Bruxelles, remplissait déjà cette fonction quand Bonaparte était premier consul de la république française. L’indépendance de son caractère et la libéralité de ses idées d’administration eurent l’honneur de porter ombrage au grand général, qui, pour débarrasser la Belgique de son influence, envoya un beau matin au paisible bourgmestre un brevet de sous-lieutenant qu’il lui fallut accepter. C’est par cette bizarre circonstance que M. Rouppe fît plusieurs campagnes, au lieu de demeurer tranquillement dans son fauteuil municipal à défendre les intérêts de sa ville. Le gouvernement hollandais le laissa en dehors des emplois publics ; il ne reprit son ancienne position qu’après la révolution de septembre.

MM. Meeus et Corbisier brillent surtout dans les questions financières et industrielles ; mais le dernier se hasarde rarement à prendre la parole en public. C’est alors son collègue M. Fleussu, conseiller à la cour de Liège, qui le supplée à la tribune. M. Fleussu, quoique opposant à la nomination du roi Léopold, fut choisi par le congrès pour faire partie de la députation à Londres. Il est de tous les membres de la représentation nationale celui qui met le plus de sens commun dans ses discours. Cet éloge en vaut bien un autre.

M. Jullien, Français naturalisé Belge depuis trente ans, et qui exerça long-temps à Bruges la profession d’avocat avec une honorable distinction, se pose, au contraire, comme l’homme d’escarmouche du parti. Il sacrifie tout à un sarcasme, et c’est d’ordinaire contre les prêtres qu’il dirige le feu roulant de sa plaisanterie, renouvelée quelque peu des diatribes voltairiennes. M. Fallon se montre aussi mesuré dans sa conduite parlementaire que