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Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/694

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mort : Excusez-moi si mon rhume m’empêche d’exprimer mes idées. Tout cela est grotesque assurément. Mais disons bien vite, par manière de correctif, que ce sénat, produit des élections, est presque tout composé de gens honnêtes, s’ils ne sont pas brillans, et qui jouissent, comme particuliers, d’une considération méritée à tous égards. S’ils secondent aujourd’hui les menées du parti catholique, c’est qu’ils redoutent les excès de la pensée révolutionnaire. Plus tard, quand la faction absolutiste aura démasqué ses projets, nul doute que cette majorité modératrice ne se partage pour porter secours aux libertés en péril.

Le président de la chambre des représentans a besoin de tenir le timon d’une main plus ferme que le président du sénat. Il est secondé aussi d’une façon plus active, non-seulement par les membres que nous avons déjà nommés, mais par d’autres encore qui, dans leur sphère, ont leur valeur et leur influence.

Et d’abord les frères Rodenbach, cosaques du parti, qu’on envoie en éclaireurs pour flairer le terrain des questions. L’un, Constantin Rodenbach, est devenu commissaire du district de Malines, de médecin qu’il était sous le gouvernement du roi Guillaume. L’autre, Alexandre Rodenbach, a complètement perdu la vue depuis l’âge de dix ans, ce qui ne l’empêche pas, avec une rare sagacité, de s’occuper activement à la chambre, non-seulement de questions générales, mais aussi des discussions financières qu’il suit dans leurs moindres détails avec une incroyable facilité de mémoire. Ils ont un troisième frère, qui ne fait point partie de la chambre, le colonel Pierre Rodenbach, ancien sous-lieutenant de l’empire, que la révolution de 1830 tira d’une distillerie pour lui donner le com- mandement militaire de la place de Bruxelles. Cette famille s’est fait une illustration à sa manière par la passion qu’elle montra contre la maison de Nassau. L’aveugle, Alexandre Rodenbach, fit signer les premières pétitions dans les Flandres, et son frère Constantin fut mis en avant pour proposer au congrès l’exclusion à perpétuité de la famille d’Orange, mission périlleuse qu’il accomplit avec le sang-froid d’un Baskir livrant aux flammes la belle ville impériale de Moscou. C’est sur le colonel Rodenbach que l’opinion publique fait peser la responsabilité des pillages commis à Bruxelles les 6 et 7 avril 1834, à propos d’une prétendue démonstration