Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/691

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


qu’appelé au ministère des affaires étrangères en 1831, il refusa de pourvoir à son remplacement comme gouverneur de province. Depuis ce temps il quitta son portefeuille et le reprit, et il est encore aujourd’hui ministre et gouverneur. Son plus beau titre politique est la discussion du traité des vingt-quatre articles, qui réglait les conditions de séparation entre la Belgique et la Hollande, et dont l’acceptation par la chambre est due à l’habileté de l’orateur diplomate.

Cet homme d’état est très simple dans ses manières et dans ses goûts. Quoiqu’il possède une grande fortune, il vit en bon bourgeois flamand, fait ses courses à pied, et dîne d’habitude avec plusieurs de ses collègues dans le salon banal d’un petit restaurateur de Bruxelles, au prix maximum de deux francs par tête. Pendant son ministère de 1832, il logeait chez un apothicaire, rue de la Montagne, au coin de la rue d’Aremberg, et il fallait traverser la boutique pour arriver jusque chez lui. Ce n’est que cette année qu’il s’est décidé à accepter les frais de représentation alloués par la chambre. Il s’en était abstenu jusqu’ici, disant qu’il ne voulait pas représenter. Les journaux du pays, dont bon nombre lui sont hostiles, ont raconté vingt anecdotes qui feraient de son économie bien connue une ladrerie véritablement judaïque. Le trait suivant en fournirait une preuve. Le ministre suivait le convoi d’un de ses parens à Bruges. Il était dans une voiture de louage, et son domestique se tenait respectueusement derrière la berline, faisant reluire au soleil le magnifique écarlate d’une livrée neuve, galonnée d’argent. Avant que le convoi eût atteint le cimetière, une grosse pluie vint à tomber ; l’excellence aurait alors ouvert elle-même la portière, et du geste et de la voix contraint le domestique et sa livrée, confus d’un tel excès d’honneur, de prendre place dans le carrosse jusqu’à ce que l’orage cessât de menacer le Casimir écarlate et les galons d’argent. M. de Muelenaere est honoré de l’amitié particulière du roi Léopold, qui, dans sa correspondance avec lui, remplace les formules d’étiquette par ces simples mots : Mon cher ami. Le roi lui écrivit les détails de son mariage, dans une lettre datée de Compiègne, le jour même de la célébration.

Il y a loin de M. de Muelenaere à M. Raikem, président de la chambre des représentans ; je ne les séparerai cependant pas.