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Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/679

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L’élément populaire, jugea du premier coup d’œil qu’il fallait à tout prix faire la chaîne autour de ce faible et tendre rejeton de l’arbre monarchique, l’environner de ses soins et l’arroser de son sang s’il était nécessaire, afin qu’il pût quelque jour porter à ses branches les fruits dorés du privilège et des emplois de cour, fruits doux et sucrés à toute lèvre aristocratique. La nouvelle monarchie, de son côté, se souvenant du mot d’Henri IV : Paris vaut bien une messe y alla, non pas renier la foi de ses pères sur le seuil d’une sacristie, mais fraterniser aristocratiquement avec l’orthodoxie flamande qui venait à elle parée de sa bonhomie campagnarde, la bouche mouillée de bierre, et de l’eau bénite au bout du doigt.

Ainsi fut conclu le pacte tacite de l’aristocratie catholique et de la royauté protestante. Cette alliance se fît sans protocole, sans conférence ; il n’y eut besoin, pour l’aristocratie comme pour la royauté, que d’un regard jeté sur leur position respective. L’une apporta dans l’alliance son influence sur les Flandres, sur le Limbourg et la province d’Anvers, et l’autre des promesses et des poignées de main, papier-monnaie des royautés du jour.

Maintenant, si l’on me demande qui eut tort ou raison, je répondrai que toutes deux firent sagement, et la royauté et l’aristocratie ; elles en seront quittes plus tard pour vider entre elles le différend.

Les catholiques aristocrates qui occupent aujourd’hui le pouvoir dans la personne de leurs principaux chefs, et qui tendent moins à régénérer la morale chrétienne qu’à résister aux envahissemens démocratiques, sont combattus très violemment par une fraction dissidente, laquelle prétend allier la liberté avec les doctrines de l’Évangile, et compte dans son sein quelques jeunes abbés, remarquables par leur talent et par la ferveur de leur conviction. Mais cette fraction catholique, presque tout entière en dehors de la chambre des représentans, est souvent entravée dans ses efforts par les remontrances ecclésiastiques et subit la loi de sa position.

On ne doit pas cependant s’exagérer la puissance du parti catholique, ni s’imaginer que les neuf provinces de la Belgique ne soient peuplées que de couvons et de monastères obéissant au bon plaisir d’un grand inquisiteur. Si les deux Flandres, le Limbourg, Anvers, une portion du Brabant et du Hainaut, envoient à la chambre des