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Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/591

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les soutenir leur décoche un pamphlet virulent, et les signale, avec la véhémence et le style révolutionnaire d’un écrivain de la Tribune, comme des ennemis du roi et de l’état. Tantôt on leur refuse un président, tantôt on leur en impose un qu’ils redoutent ; sans pouvoir, si ce n’est dans les détails, on leur demande en haut un dévouement sans bornes ; plus bas, on les charge d’une responsabilité terrible ; il faut à la fois qu’ils marchent et qu’ils reculent, qu’ils battent et qu’ils portent les coups ; sort misérable et ridicule, situation honteuse et méritée qu’ils se sont faite eux-mêmes le jour où ils ont oublié l’origine de leur pouvoir, le principe du gouvernement qu’ils servent, et leur propre dignité.

A l’issue de ce conseil, la démission de tous les ministres fut offerte et acceptée. Elle avait été presque demandée. M. Thiers, le dernier, prit la parole, et dit que l’attachement qu’il gardait à la personne royale l’obligeait à conserver ses fonctions jusqu’au moment où il serait remplacé. Il ajouta que les télégraphes, les fonds secrets et la police, se trouvant sous sa main, il se dévouait à la tranquillité publique, en prolongeant les jours de douleur qu’il avait encore à passer au ministère. C’est alors qu’on lui répondit : « Soyez tranquille, monsieur, j’ai Gisquet, et je suis là. Nous répondons de la tranquillité publique. » — Le ministère n’existait plus.

Un message avait été dépêché au maréchal Soult avant le conseil. Un second message suivit le premier, et le télégraphe fut chargé de lui demander, en peu d’heures, son consentement. On sut bientôt que le maréchal ne pourrait être de retour que dans huit jours. Huit jours d’intrigues ministérielles ! huit grandes journées de Figaro !

Dans la chambre et dans les salons politiques dominaient quatre noms, ceux de M. Molé, de M. Dupin, de M. Passy et de M. Calmon. Tous les noms qu’on leur adjoignait retombaient aussitôt dans l’oubli.

Deux jours après la démission des ministres, qui s’abstinrent, depuis ce moment, de toucher aux affaires, M. le marquis de Mornay et M. le marquis de Dalmatie, l’un gendre, et l’autre fils du maréchal Soult, se présentèrent sur la place de la Ville-l’Evêque, à l’hôtel Molé. La conférence fut froide. M. Molé les reçut dans son cabinet d’étude, en face du chef-d’œuvre de M. Ingres, de son beau portrait, qui semblait leur sourire ironiquement. M. Molé, encore tout froissé des déplorables intrigues de novembre, où l’on avait essayé de le Jeter malgré lui, se tint sur ses gardes, et répondit qu’il avait fermement résolu de ne se mêler en aucune façon de la formation d’un ministère. — Si le maréchal Soult, dit-il à ses ambassadeurs, venait me présenter les noms de sept collègues qui offrissent des garanties de probité, d’honneur, de talent, et qui eussent les principes que je professe moi-même, je consentirais à accepter le