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« Régner, c’est non-seulement gouverner selon les lois de l’état, c’est aussi agir dans les circonstances qui le permettent ou l’exigent ; c’est faire ce que nul autre dans l’état ne peut faire avec le même succès ; c’est ajouter personnellement à l’autorité des lois les influences morales.

« Administrer est le fait des ministres, chacun dans son département.

« Régner, c’est faire concourir les relations personnelles avec les puissances étrangères à établir et conserver d’utiles intelligences ; c’est, dans les crises de guerre civile ou étrangère, payer de sa personne et monter à cheval. Dans la paix, régner, c’est s’occuper, sans distraction et sans relâche, des lois, des établissemens à faire pour le bonheur de son pays ; régner, c’est ajouter à l’empire des lois l’exemple de toutes les qualités qui attirent le respect et la confiance des peuples ; c’est être accessible, affable, affectueux ; c’est être à propos grand et magnifique, simple et bon ; c’est posséder cette véritable grandeur si bien peinte par un de nos grands moralistes : Cette grandeur libre, douce et familière, qui se laisse toucher et manier, qui se courbe par bonté vers les inférieurs, mais se relève avec dignité ; qu’on aborde avec confiance et retenue ; qui fait que les princes nous paraissent grands, et très grands, sans nous faire sentir que nous sommes petits. Un prince que le ciel a favorisé d’une famille nombreuse règne aussi par tout ce que cette famille réunit de vertus et de grâces ; il règne par l’aspect même du palais qui la renferme, et avec elle des modèles de toutes les vertus publiques et privées.

« Si le conseil privé est une dépendance de la royauté, la condition de la présidence est, comme celle du conseil, à la disposition du roi.

« Une présidence du conseil des ministres n’est pas plus nécessaire, n’est pas plus indiquée par la Charte que le conseil même.

« Mais, supposé que le roi veuille ou autorise une réunion habituelle de ses ministres en conseil, il dépend de lui de leur donner un président ou de n’en avoir d’autre que lui-même, laissant aux ministres la faculté de s’en donner un pour l’ordre de leurs délibérations, en l’absence du roi, seul président de droit.

« Le roi ne peut abdiquer le droit de présider son conseil, quand il veut y assister, pas plus que le droit de le convoquer. Peut-il reconnaître la présidence d’un autre que lui présent ? Demandera-t-il la parole ? La parole pourra-t-elle lui être refusée ou retirée ?

« Le roi, ayant autorisé des réunions périodiques de ministres, peut-il s’interdire d’y assister, et se borner à entendre le rapport du vote de la majorité, et à l’entendre de la bouche du président ? Cette méthode ne peut se concilier avec la Charte. Les ministres ne peuvent s’engager réciproquement au vœu de la majorité. Chaque ministre devant contresigner