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Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/588

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et à courir le risque de voir prononcer leur triomphe, lui leur chef et l’auteur de leur existence !

« Gouverner est le fait du roi, avec un au moins de ses ministres, avec plusieurs avec tous, avec d’autres encore que ses ministres, quand le roi le veut. »

« Au fond, que signifie la prétention au système avancé par M. Thiers au nom de ses collègues dans la séance de la chambre du 5 décembre ? On ne trouve que du vide dans ce mot, employé comme l’a fait M. Thiers. Ce ministre n’entend pas, sans doute, que chaque ministre ait une opinion arrêtée sur toutes les parties de l’administration et sur la conduite de tous les ministères comme de celui qui lui est confié. Sans doute, il entend seulement que les ministres doivent avoir un parti pris en commun sur les questions vives et dominantes qui sont agitées dans le public avec chaleur dans des sens opposés.

« Cette opinion serait juste, s’il s’agissait en France de questions telles que la réforme en Angleterre, ou si la république et la monarchie étaient mises en discussion dans les chambres. Mais il n’y a rien de tout cela parmi nous, et en effet, ce que M. Thiers appelle le système du ministère en France, se réduit à soutenir qu’il a bien fait d’autoriser la force à s’opposer aux émeutes, et qu’il fera bien de l’autoriser encore au besoin.

«Mais c’est un risible abus du mot des ystème, d’appeler de ce mot la résistance aux complots et aux mouvemens subversifs. Cette résistance, la garde nationale l’opposerait spontanément, si elle n’était pas requise ; dans l’occasion, la ligne ne restera pas en arrière, et dans les cas extrêmes, ce ne sont pas les systèmes des ministres qui font monter le roi à cheval et ses fils à ses côtés.

« Que les ministres présens et passés de Louis-Philippe nous disent, la main sur la conscience, s’ils croient que le roi ne soit pour rien dans les causes de l’heureuse situation où se trouve la France ; que sa personne, sa famille même n’ait aucune part à la confiance généralement accordée au gouvernement par la nation et l’étranger ; qu’ils disent s’ils croient qu’ils auraient opéré ce bien-être sans lui, s’ils ont la conviction qu’ils l’auraient opéré avec un autre que lui ; qu’ils disent même s’ils ont la certitude que le roi n’aurait pu faire le bien sans eux et avec d’autres ministres qu’eux ?

« Gouverner n’est point administrer, régner est encore autre chose que gouverner.

« Administrer, c’est assurer les services publics par ses propres œuvres ou par celles de subordonnés.

« Gouverner, c’est régler les difficultés d’administration quand elles intéressent le pouvoir, et que des oppositions en font des affaires d’état.