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terrible fléau et de réparer la honteuse insouciance ou la malignité perfide de ceux qui voient avec indifférence la destruction de tout germe de liberté sur la terre. Les Français seuls, en combattant les ennemis communs du genre humain, auront la gloire de rétablir l’harmonie politique qui préservera l’Europe d’une servitude générale. Nous avons tous contracté une dette immense envers le monde entier ; c’est l’établissement et la pratique des droits de l’homme sur la terre. La liberté, féconde en vertus et en talens, nous prodigue les moyens de l’acquitter tout entière. Ils espèrent sans doute, nos ennemis, dans les dissensions passagères qui nous agitent. Ils en augurent la désorganisation de notre gouvernement. Non, nous n’accomplirons pas leurs coupables espérances ; nous sentons bien que, dans l’état des choses, un changement dans les institutions politiques amènerait nécessairement l’interrègne des lois, la suspension de l’autorité, la licence, le déchirement dans toutes les parties du royaume, et la perte inévitable de la liberté. Notre vigilance conservera sans détruire et mettra les traités dans l’impuissance de faire le mal ; en assurant la stabilité du gouvernement, nous ôterons aux ambitieux toutes les chances qu’ils se préparent dans les changemens et les révolutions perpétuelles des empires. Ainsi, réunissant l’énergie à la sagacité, nous pourrons parvenir à des succès glorieux. »

C’était là une sortie bien vive contre les gouvernemens absolus, bien singulière aussi dans la bouche de celui qui devait un jour provoquer contre la France les coalitions les plus persévérantes et les plus fatales.

L’Assemblée législative avait fourni sa carrière. Le mandat de M. Pozzo di Borgo expiré, le lien qui l’avait attaché à la France fut rompu. Il la quitta pour ne plus traiter avec elle, pour n’y plus rentrer qu’en étranger. De retour en Corse, il se mit au service des idées d’indépendance nationale que nourrissait Paoli. Il s’associa à leur exécution, en s’associant. à l’administration du pays. L’esprit des vieilles races s’était réveillé avec ses vieilles haines. Toute la montagne appelait l’émancipation du sol ; et Paoli, le vieux Paoli, son idole, ne lui promettait rien moins qu’une république corse.

Mais les Arena et les Bonaparte, les hommes de la plaine et des villes, chefs qu’ils étaient du parti français, et affiliés aux clubs de Paris, n’avaient pas vu sans inquiétude ces espérances et ces tentatives de révolte. Salicetti fut leur organe à la Convention nationale : il dénonça Paoli et Pozzo di Borgo comme les fauteurs d’un système qui tendait nettement à séparer la Corse de la mère-patrie. Sur ces accusations, Paoli et Pozzo di Borgo furent mandés à la barre de l’assemblée, pour y présenter la justification de leur conduite. Là fut le germe de la haine