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enfin, en 1775, après la réunion de la Corse à la France, tout-à-fait ralliés, ils furent reconnus nobles de vieille origine par arrêt du conseil supérieur de l’ile, et admis à jouir des privilégiées attribués alors aux gentilshommes [1].

Charles-André Pozzo di Borgo naquit le 8 mars 1768. Son éducation, selon l’usage des familles corses, fut confiée à un abbato, précepteur de moins de science que de piété. Il atteignait sa majorité lorsque la révolution française, qui venait d’éclater, versait sa lave la plus ardente. L’explosion du volcan avait ébranlé toute l’Europe. La Corse ressentit vivement la secousse ; mais le mouvement y fut complexe et d’une double violence à raison de la diversité des races. Les villes s’agitèrent autrement que la montagne et à d’autres fins. Les familles étrangères, faciles au joug du dehors et déterminées par leurs rapports tout établis avec la France, acceptèrent docilement et sans restriction les idées et les formes de notre révolution. Les familles indigènes, non moins enthousiastes de liberté, n’adhérèrent que sous la réserve secrète de leur propre nationalité. C’était, par exemple, d’une part les Bonaparte, les Arena, les Salicetti, de l’autre les Paoli, les Pozzo di Borgo. Ainsi ceux-là rêvaient une liberté philosophique et universelle, telle que l’avaient enseignée Mably et Rousseau ; ceux-ci invoquaient l’indépendance individuelle du sol natal. Ils voulaient au fond la restauration de la vieille Corse.

Charles-André Pozzo di Borgo prit néanmoins une part active et complaisante aux premiers actes de la révolution française. Louis XVI avait convoqué l’assemblée de la noblesse corse à Ajaccio, afin qu’elle rédigeât le cahier des doléances que l’ile avait à présenter. Le jeune Pozzo di Borgo, alors âgé de vingt-deux ans, fut nommé secrétaire de cette assemblée, comme il le fut encore de celle des notables de la province d’Ajaccio. Enfin il fut envoyé comme député extraordinaire à l’Assemblée nationale, pour lui exprimer la reconnaissance des populations corses, appelées à faire partie intégrante de la France.

La Constituante venait de terminer ses travaux. Assemblée grande et aventureuse qui marcha trop aveuglément peut-être de théories en théories, qui ne recula devant aucune expérience. Jamais réunion de tant d’études spéculatives, d’imaginations ardentes, d’âmes noblement désintéressées ; jamais non plus réunion d’esprits moins positifs. La Constituante se prit à tout démolir de droite et de gauche. Elle amoncela les ruines, et quand il fallut reconstruire, elle laissa pour toute base du nouvel édifice je

  1. Voyez Storia di Corsica da Filippum, revista e publicata da G. C. Gregori. App. 3, p. 83 ; famiglia Pozzo di Borgo.