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Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/525

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Au-delà du Tibre habitent les Transteverins, qui se disent les vrais descendans des Romains, et ont gardé, tant dans leur costume que dans leur caractère, une teinte d’originalité qui, depuis des siècles, n’a subi aucune variation. Il est difficile de concevoir comment cette population, au milieu des invasions qui l’ont soumise à tant de jougs différens, malgré son contact journalier avec le reste des habitans de Rome et les étrangers, a réussi à se conserver pure de toute altération ; on dirait des montagnards ou des insulaires constamment séparés des autres peuples. C’est sans doute au noble ressouvenir d’une grandeur et d’une gloire antiques qu’il faut attribuer le soin religieux avec lequel les Transteverins ont gardé ce costume, ces mœurs et ces usages des temps passés. La fierté qu’ils ressentent de leur origine, et le dédain qu’ils témoignent aux autres habitans, ont souvent occasionné des rixes sanglantes, de véritables petites guerres, auxquelles l’intervention militaire peut à peine mettre fin.

Rien de plus pittoresque que le quartier des Transteverins les dimanches et les jours de fête. Les maisons sont désertes ; tout le monde est dans les rues, depuis les enfans jusqu’aux grand’mères, parmi lesquelles se trouvent souvent des centenaires. Devant la porte de chaque habitation, on dirait une fête ; il s’y forme des danses auxquelles prennent part non-seulement les enfans et les jeunes gens, mais les vieillards des deux sexes, qui se joignent à la tarentella jusque bien avant dans la nuit. Le seul accompagnement de ces danses est un tambourin frappé par une jeune fille ; ce tambourin ne manque dans aucun ménage : c’est un meuble indispensable. Ce n’est que vers deux heures après midi que commence la fête, et la cloche qui sonne l’Ave Maria a seule le pouvoir de l’interrompre. A peine le premier son se fait-il entendre, qu’aussitôt, comme par enchantement, les chanteurs s’arrêtent, la main qui frappait le tambourin retombe immobile, le pied qui s’élançait en l’air reprend gravement sa position accoutumée ; les danseurs se jettent à genoux, de nombreux signes de croix sillonnent toutes les poitrines. Au bruit de la fête a succédé le silence ; aux transports de joie, l’immobilité de la contemplation, ou le bruit d’un Ave machinalement récité.

Ce recueillement subit ne dure que quelques minutes, et la fête