Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/524

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


ballo tondo, remarquable par les mouvemens extraordinaires des exécutans. Les danseurs sont toujours séparés des danseuses ; il n’est permis qu’aux fiancés de se prendre la main, et malheur au jeune homme qui oserait toucher la main d’une femme ou d’une fiancée autre que la sienne ! Dans tous les cantons du midi de la Sardaigne, on danse au son d’un instrument, nommé launeda, qui date du temps des anciens Romains, et qui a survécu à toutes les révolutions. Il se compose, comme la cornemuse des pifferari napolitains, de quatre roseaux embouchés par le même exécutant.

Le son lointain du violon ou de tout autre instrument suffit, en Italie, surtout dans les provinces du midi, pour amener des danses parmi le peuple ; alors il n’est point de pêcheur ni de lazzarone qui ne se mette en mouvement, se tenant sur la peinte des pieds, et balançant ses bras et son corps. Nous partîmes un jour d’Ischia pour gravir l’Epomeo, si bien décrit dans le Titan de Jean Paul ; arrivés, après beaucoup de peines et de fatigues, à la dernière pointe de la montagne d’où l’île entière nous apparaissait comme une nacelle voguant sur une mer immense, notre première pensée fut une pensée d’enthousiasme à la vue de ce tableau magnifique qui déroulait à nos pieds Naples, Portici, Résina, le Vésuve, Pompeï, Sorrente, Salerne, les îles de Caprée et de Procida, puis le promontoire de Mysène, Gaëte, Terracine, le promontoire de l’enchanteresse Circé, puis encore, comme un nuage lointain, les rochers de la Corse et de la Sardaigne. A peine étions-nous revenus d’un premier mouvement d’admiration que nos conducteurs de mulets, profitant d’un violon amené par un soldat napolitain qui venait de célébrer ses noces chez l’ermite de la montagne, se mirent à danser sur l’étroite plate-forme où nous étions. Chaque instant que nous pouvions dérober à la nature si belle et si pittoresque qui étalait ses trésors devant nos yeux, nous le donnions à la danse de nos guides, et notre intérêt n’était pas moins vivement excité par la grâce de leur tenue et de leurs gestes, que par le long enivrement avec lequel ils se livraient, infatigables, au plaisir de la tarentella.

Dans presque toutes les villes de l’Italie, à Rome surtout, il y a des jours où des danses s’improvisent et s’emparent de rues entières. C’est alors un spectacle des plus animés, où la musique, le chant et la danse du peuple forment l’alliance la plus étroite.