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Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/518

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ses passions, le peuple italien a, en différentes contrées, des chants historiques auxquels le caractère de son imagination a généralement donné une forme pittoresque. Telles sont, sur les côtes, les chansons qui ont transmis la mémoire du fameux Barberousse, dont le nom a conservé dans la bouche des nourrices tout ce que jadis il avait de terrible. Sur les îles que renferme le golfe de Naples, on trouve encore des traces des Grecs et des Sarrasins dans les chansons, dans les danses, et même dans le costume. A Venise, où la vie a gardé le caractère insulaire, où la puissance est demeurée ensevelie sous les ruines de la république, où la vie aisée et heureuse du peuple a disparue avec la vie politique, on entend encore sur les lagunes et sur les canaux, au milieu de la nuit, autour du silencieux palais de marbre du doge, s’élever du fond des noires gondoles des chants qui ont survécu à la gloire du pays, et qui se sont conservés dans la bouche des gondoliers et des pêcheurs, comme un écho parmi les tombeaux.

Si, en Italie, il n’y a ni ville, ni village, ni vallée, ni montagne, qui n’ait sa chanson propre, il en est de même des maisons, qui ont toutes leurs chants de nourrice, de naissance, de noces, de mort ; chants du foyer domestique et qui ne descendent jamais dans la rue.

Un genre de chant qui se rencontre souvent en Italie est celui des légendes, des histoires de couvens, des complaintes inspirées par quelque événement malheureux, par l’exécution d’un criminel, et surtout par la vie héroïque et la mort d’un chef de brigands.

Telle est la légende, si souvent chantée par le peuple, de la Samaritaine et du Christ. Bien que la conversation de Jésus et de la belle enfant de Samarie y soit montée sur un ton de galanterie qui n’a rien de bien édifiant, le peuple italien ne s’offusque pas de si peu, habitué qu’il est aux idées matérielles de sa dévotion, et disposé toujours à poursuivre ses abbés et ses moines des satires les plus impitoyables. Ainsi rien de plus naturel pour lui que de faire dire à Jésus :

Dove vai bella donzella ?