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Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/471

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La chambre des pairs s’est réunie quelquefois comme pouvoir parlementaire, et quelquefois aussi comme cour judiciaire. C’est en exerçant la première de ces fonctions qu’elle a voté le monopole des tabacs. Les ministres traitent bien cavalièrement cette chambre, et elle le mérite ; quand on se résigne à n’être plus qu’une servile majorité sous la férule de M. Thiers, il faut bien subir les humiliations que cette position vous attire. Dans cette affaire du monopole, M. Humann, avec ses traditions de contrebande, a conçu le plus fiscal des projets ; le député qui combattait, il y a six ans, le monopole, devenu ministre, a créé le monopole le plus absolu. Quelques pairs de France avaient proposé de légers amendemens ; le ministre s’est écrié : «Si vous faites un amendement, nous sommes obligés de reporter notre loi à la chambre des députés ! » Singulière manière de raisonner, qui fait de la pairie une superfétation des pouvoirs de l’état. Si une chambre n’a pas le droit d’amender, si elle doit voter purement et simplement sur une loi, on lui ôte la plus belle prérogative de son autorité. La pairie se plaint de ce qu’on l’attaque au dehors ! en vérité c’est elle-même qui se suicide. Et que serait-ce si ce pouvoir ne se contentait pas d’être ridicule, et s’il se condamnait également à devenir odieux !

Décidément le procès contre les républicains va publiquement se poursuivre ; le parquet de la cour des pairs se fortifie de quelques notabilités prises à la cour royale de Paris ; on a voulu récompenser le zèle de M. Plougoulm, ce substitut chargé des poursuites contre la presse, et qui a si admirablement foudroyé la doctrine : la roi règne et ne gouverne pas. M. Plougoulm a fait l’éloge des vertus royales, il a dit qu’il était très heureux que le roi gouvernât, qu’il administrât ! Pourquoi n’a-t-il pas dit qu’il serait fort heureux aussi qu’il jugeât ? Ces grandes doctrines, M. Plougoulm va les jeter à la face des républicains ; son mauvais encens de paroisse, brûlé devant la couronne, n’a pas été perdu ; le ministère n’a pas même eu le bon goût de comprendre qu’il y a des éloges qui tuent. M. Plougoulm va exercer son éloquence sur une grande échelle ; il reçoit une noble récompense de son courageux dévouement.

Quant au ministère lui-même, malgré les tripotages que quelques journaux ont signalés, nous persistons à dire qu’il n’y aura pas de changement avant la fin de la session : la pensée immuable veut librement exercer ses choix, et la présence de la chambre l’importune. La prérogative royale a le sentiment exagéré de sa capacité ; elle ne veut pas être gênée dans son instinct, et si son instinct la pousse vers le maréchal Soult, elle ne veut pas que les mesquines idées d’économie de la chambre des députés s’opposent à ses projets. Qu’importe que le maréchal Mortier n’en puisse plus, que la vieillesse et l’incapacité aient la