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despotique de don Miguel, la régence obéit avec plus d’unité aux ordres et aux inspirations de l’ambassadeur anglais à Lisbonne.

Il est tombé, à propos des affaires d’Espagne, une idée de conciliation dans la tête du cabinet tory. Les hommes politiques donnent trop d’importance par le temps qui court aux droits de familles et de races. On ne se joue pas, dans la Péninsule, de l’esprit de parti, comme on le peut faire chez des populations paisibles et obéissantes. Don Carlos n’est rien par lui-même, c’est la personnification d’une idée, d’une opinion qui a les armes en mains. Un autre parti entoure également l’infante Isabelle, et fait d’elle un drapeau. Les absolutistes et les negros, depuis si long-temps en armes, se battent derrière des étendards, moins pour soutenir le roi ou la reine, que pour servir leurs propres passions et défendre leurs intérêts. C’est ce que le parti tory ne comprend pas. « Nous marierons, dit-il, le fils de don Carlos à l’infante, et tout finira par là ; « comme si la guerre civile devait s’apaiser, parce qu’il y aurait une noce à Madrid ! Au reste, le ministère anglais n’aura pas même à subir l’épreuve ; don Carlos ne veut pas renoncer au trône, et ses amis eux-mêmes lui conseillent de ne pas diviser ses forces par une abdication malencontreuse. L’insurrection se développe lentement, mais avec régularité ; chaque jour, elle gagne quelques pouces de terrain. De tous côtés, les secours arrivent à l’armée royaliste, et dans cette lutte atroce, où tout, jusqu’aux lois de la guerre, est méconnu, il n’y a pas d’autre issus possible que la victoire de l’un des partis, au moyen de la destruction de l’autre. Fonder maintenant en Espagne l’espoir d’une transaction serait n’y bâtir qu’un château !

C’est une nouvelle ère politique qui commence pour l’Europe que celle d’un système de propagande anti-populaire auquel on associe la France ; c’est un phénomène de voir un gouvernement né d’une révolution, et dont toute la préoccupation paraît être de réprimer le principe révolutionnaire. Du gouvernement cette tendance s’est communiquée aux corps politiques. Il ne faut point se le dissimuler, la chambre des députés, dominée par la peur, seconde le pouvoir dans cette résistance : la majorité s’est laissé aller à une crainte inimaginable de toute action politique un peu forte, un peu nationale. On vient de le voir dans une discussion de réforme électorale. Il y a deux ans, la nécessité de cette réforme paraissait profondément sentie ; on osait le dire haut, et des hommes éminens s’étaient emparés de la question pour établir le principe d’une large opposition au ministère. La discussion a été provoquée ces jours derniers par des pétitions ; quel rôle y a joué l’opposition ? A-t-elle soutenu avec franchise les principes qu’elle avait posés il y a quelques années ? Les orateurs sont-ils venus dire quels étaient les besoins réels des peuples, le