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Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/460

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il n’agit plus que par ses avis, et le ministre de France devient en quelque sorte, sous l’influence de cette captation, son propre ministre [1].

Mais un conseiller ne lui suffit pas ; il lui faut aussi des hommes d’action. Un officier français, fuyant l’Europe, triste et déserte à ses yeux, depuis qu’elle a perdu son grand empereur, vient à passer par le Kaire, pour se rendre auprès de Fateh-Ali-Schah, dont il doit discipliner l’armée. Mohammed-Ali l’arrête. Que va chercher en Perse le colonel Sèves ? Les émotions et la gloire du champ de bataille ? — L’Egypte les lui donnera. Et aussitôt des casernes se construisent à Syènes, et vingt mille Arabes, joints à vingt mille nègres, enfans des contrées récemment conquises, sont formés à la tactique par un soldat de Napoléon.

Dès lors le nom de Français devient auprès du vice-roi la recommandation la plus puissante, et tous ceux qui lui apportent leur industrie, sont admis sans examen dans les services publics. Habiles ou non, c’est à l’œuvre qu’il les jugera plus tard, et en attendant, son peuple n’aura qu’à gagner à ce frottement avec des Européens.

L’occasion se présenta bientôt de mettre à l’épreuve les troupes nouvelles, les premières troupes indigènes reproduisant sur le sol africain les manœuvres européennes. L’insurrection grecque triomphait. Ce Kourchid-Pacha, que nous avons vu disputer l’Egypte à Mohammed-Ali, s’était laissé battre à la tête de cinquante mille Osmanlis par une poignée de rayas, et la mort qu’il s’était donnée lui-même, pour prévenir les coups du divan, n’avait pas ramené la victoire sous les drapeaux de ses successeurs. Quatre armées gisaient dans les ravins de la Thessalie et du Péloponèse ; trois flottes couvraient l’Archipel de leurs débris ; le sang ottoman s’épuisait, et le chemin de Stamboul était ouvert aux giaours. Le sultan eut recours alors au vainqueur des Wahabytes, et quelque regret qu’il éprouvât de fournir un nouvel aliment à son ambition, force lui fut d’opposer un vassal encore soumis en apparence à ce débordement populaire qui menaçait déjà sa capitale et son trône. Une première expédition

  1. Nous avons entendu des négocians d’Alexandrie reprocher à M. Drovetti, le consul dont il est ici question, d’avoir moins servi les intérêts de ses compatriotes que ceux du pacha. Nous ne sommes point à même de prononcer sur cette accusation, soulevée par quelques griefs individuels ; mais nous ne craindrons d’être démentis par personne, en disant que M. Drovetti, par la nature des relations qu’il a contribué à établir entre le France et l’Egypte, par la prépondérance qu’il a acquise dans le divan du Kaire à la légation française, a rendu, sous le rapport des intérêts généraux, un immense service à son pays.