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La capitale à peine débloquée, une invasion imprévue appelle ses efforts sur un autre point. Le cabinet de Saint-James, toujours occupé de ses prétentions sur l’Egypte, envoie au secours des Mameluks six mille hommes que le gouverneur d’Alexandrie, gagné d’avance, reçoit dans sa ville ; mais une tentative des Anglais sur Rosette échoue complètement, et tandis que les beys, divisés entre eux, hésitent à prendre parti pour une armée étrangère qui ne leur paraît pas imposante, ou à entendre les propositions avantageuses que le pacha leur adresse, les troupes britanniques se rembarquent, trop heureuses de ne point laisser de prisonniers, grâce à la générosité du vainqueur.

Ainsi sa fortune ne lui manquait pas plus qu’il ne manquait à sa fortune, et de toutes ces épreuves dont on espérait sa ruine, sa puissance sortait toujours retrempée et affermie.

Cependant la Porte changeait de maître sans renoncer à sa politique ombrageuse. A Selim, renversé par la secousse qu’il avait donnée lui-même au janissariat, avait succédé le féroce Mustapha, dont la nullité politique ne devait occuper le trône que pour laisser à Mohammed-Ali le temps de repousser l’invasion anglaise. Puis, après ce qu’on pourrait appeler une année d’interrègne, Mustapha IV, expiant par sa mort l’assassinat de son prédécesseur, avait fait place à son frère Mahmoud, qui devait continuer la mission inachevée de Sélim. Mais l’exterminateur des janissaires avait à remplir encore une autre grande et importante mission : en présentant sans cesse un but d’activité aux forces renaissantes de l’Egypte, il devait contribuer au développement de cette puissance, par ses efforts pour la comprimer.

La secte des Wahabytes, formée depuis cinquante ans dans le Nedjed, par un cheyk dont elle avait pris le nom, maîtresse de l’Hedjas et de l’Iémen, et menaçant déjà Damas et Bagdad de ses armes victorieuses, offrit à l’empereur le moyen d’affaiblir un vassal redouté. Il ordonne donc au vice-roi d’Egypte d’aller combattre les révoltés d’Arabie, espérant tuer ces deux rébellions, en les mettant aux prises. Mais, loin de reculer devant les dangers de cette expédition, le pacha n’y voit pour lui qu’un accroissement de richesses et de puissance. Il fondera la sécurité de son commerce sur les garnisons des places maritimes, la facilité de ses relations avec l’Iémen sur la terreur qu’il jettera parmi les tribus, la tranquillité de ses frontières sur l’extermination des voleurs, et enfin son crédit politique dans l’islamisme sur la protection qu’il accordera aux villes saintes.

Un seul obstacle l’arrête. Ralliés dans le Delta, dont ils ravagent les campagnes, et veillant aux portes du Kaire, comme sur une proie qu’ils