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Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/448

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appelé à renouveler l’industrie aussi bien que la politique de l’Orient, fut préparé à ce double rôle par une des plus banales conditions industrielles, comme par le rang le plus élevé de la hiérarchie gouvernementale.

Toutefois, cette jeunesse obscure se rattache déjà par quelque rapport à la vieillesse qui va la suivre. Dans ce commerçant apprenti qui, avec une mince gratification de quelques piastres, a le talent d’acquérir une patente, un magasin, du crédit, et devient, sans savoir lire ni écrire, un des plus riches marchands du sangiak, ne découvre-t-on pas en germe la capacité financière du monopoleur qui absorbera les richesses de l’Egypte, pour les lui rendre en travaux fructueux et en institutions civilisatrices ? Ce sujet officieux qui va proposer ses services pour réduire un village rebelle au fisc, qui prend le commandement de la garde de police, comme l’aurait fait son père, attire dans un piège les quatre principaux habitans, et les emmène malgré la résistance du peuple, ne trahit-il point déjà le zèle intéressé, le mélange de ruse et d’audace, qui doivent caractériser, dans une certaine phase de sa vie, Mohammed-Ali-Pacha ?

Mais laissant de côté des détails qui lui sont purement personnels, arrivons au temps, où son nom se mêle à l’histoire, quand l’expédition française le fixe pour jamais dans cette Egypte, dont il doit épouser la fortune, et qu’il va doter d’immenses et glorieux destins. Merveilleux exemple de cet enchaînement providentiel qui relie entre eux les termes de toute progression humanitaire ! Un décret du directoire français, lançant une armée sur les rives du Nil, vient arracher un marchand macédonien à ses étroites spéculations, et cet homme ranimera un jour le flambeau de civilisation allumé sur les ruines de Memphis par les enfans de Paris ! Au premier bruit de la guerre qui se prépare, un irrésistible instinct l’entraîne. Il part. Le contact d’une race intelligente va développer les germes de cette pensée puissante qui s’ignore encore elle-même. L’homme de l’Occident, Napoléon, va électriser de son regard celui qui doit, à son tour, personnifier en lui la vie et la gloire de l’Orient ; et quand l’Egypte est terrassée au pied des pyramides, sa défaite devient pour elle plus féconde que la victoire même, parce qu’au nombre des vaincus est Mohammed-Ali. Dans cette leçon où la stérile résignation musulmane n’a vu que l’arrêt d’une immuable fatalité, lui a tout compris, le procurés, l’ordre, la science, la civilisation, l’Europe.

Généralement les faits qui concourent à l’accomplissement de son œuvre, Mohammed-Ali n’en est redevable qu’à ses instigations, ou à sa propre volonté, tirant de lui-même et ourdissant de ses mains les fils de sa trame. Deux circonstances capitales vinrent pourtant favoriser son ambition, sans qu’il ait pu les prévoir, et que son influence les ait