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Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/428

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II.
LE CIMETIERE DE L’HOPITAL.

La confrérie du Très-Saint-Sacrement et de Notre-Dame de la Miséricorde célèbre solennellement à Madrid, chaque année, l’enterrement d’un pauvre.

Cette cérémonie est belle et touchante.

Chez les anciens, les maîtres servaient une fois l’année leurs esclaves ! c’est bien que chez les chrétiens le riche enterre le pauvre une fois l’année !

C’est au premier malade qui meurt à l’hôpital-général dans la nuit du 15 novembre que, par droit de chance, se décernent les honneurs de ces funérailles.

J’entrai dans la petite église de l’hôpital au moment où le service venait de commencer.

Il y avait en avant du maître-autel un riche catafalque, entouré de candélabres où brûlaient des cierges de cire jaune. Au-dessous, dans une bière ouverte, revêtue de drap noir brodé d’or, était couché, la tête sur un oreiller blanc garni de mousseline blanche, le pauvre qu’on allait inhumer. Ses mains étaient jointes. Vêtu de l’habit de saint François, il en avait le capuchon abaissé sur le front.

Cet homme avait été frappé bien jeune ! Son visage, tout pâle et amaigri qu’il fût, rayonnait encore d’un singulier éclat de beauté paisible. Il ne semblait point mort. On l’eût dit même recueilli plutôt qu’endormi. Il avait l’air de prier pour ceux qui priaient pour lui.

C’est l’habit religieux dont, en Espagne, la commune dévotion revêt habituellement les morts, qui leur prête sans doute une si parfaite expression de calme intérieur et de béatitude.

Le service se fit avec beaucoup de pompe ; il y avait trois prêtres qui officiaient. Le De profundis et le Miserere furent chantés à grand orchestre.