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ALARD.

Ah ! chantez, Renaud, chantez pour nous, car nous ne pouvons trouver l’expression joyeuse qui réjouit l’âme, chantez, Renaud, si vous voulez que nous croyons qu’il n’y a pas de trahison.

RENAUD chante.

Oh ! que ce jour a de joie pour moi, mes frères !
Voilà le moment de la paix, il est arrivé ;
Quand la paix sera conclue avec le roi de France,
Adieu souffrances, adieu chagrin !

Malheur à vous, païens, ennemis de la foi !
A vous désormais tous nos coups, contre vous toutes nos lances,
Quand la paix sera conclue du fond du cœur
Entre le roi de France et les enfans d’Aymon.

GUICHARD.

Quelle est cette grande lande que je vois ? Mes frères, sommes-nous arrivés à Vaucouleurs ?

LE COMTE ANTON.

C’est ici qu’on vous a donné rendez-vous.

ALARD.

Regardez les immenses garennes, je suis terriblement inquiet, j’ai beau regarder, personne ne vient.

GUICHARD.

Je ne vois non plus personne, au loin ; retournons, mes frères, retournons sur nos pas, et ne nous arrêtons pas plus long-temps ici.

LES COMTES.

Chevaliers, il faut encore attendre ; tout à l’heure le roi va venir.

RENAUD aperçoit la bannière de Fouquet, et entend le son des trompettes.

Malheur à nous, mes frères ! il y a trahison, car je vois la bannière de Fouquet de Morillon, et au haut de la grande lande est Oger-le-Danois. Mes frères, nous sommes venus mourir ici !

ALARD.

Renaud, misérable Renaud, se peut-il que vous nous ayez trahis ? Nous sommes vos pauvres frères, Renaud, nés du même père et de la même mère !

GUICHARD.

Il avait tant envie de nous vendre, qu’il nous a lui-même conduits ici !